Non, Monsieur Ouattara! Parole donnée, parole oubliée ? Quand le devoir devient un prétexte au pouvoir à vie.
« Le devoir peut parfois transcender la parole donnée » – Alassane Ouattara, Président de la République de Côte d’Ivoire
Non, Monsieur Ouattara! Cette phrase, que vous prononcez avec la gravité d’un homme d’État en pleine introspection, n’est rien d’autre qu’un habillage sophistiqué d’un reniement. Un reniement que l’histoire retiendra non pas comme une obligation républicaine, mais comme une entorse à la parole d’honneur d’un président à son peuple.
En politique, il y a des phrases qu’on ne dit pas à la légère. Il y a des promesses qui engagent non seulement un mandat, mais une mémoire collective. En mars 2020, lorsque vous déclariez ne pas vous représenter à la présidentielle, c’était une parole forte, applaudie à travers l’Afrique. Vous donniez à la Côte d’Ivoire une chance d’entrer dans une nouvelle ère : celle des présidents qui passent le flambeau sans drame ni calcul. Celle des alternances paisibles. Celle des démocraties matures.
Mais voilà que quatre ans plus tard, vous nous servez la vieille rengaine du « devoir supérieur ». Ce fameux devoir qui, depuis des décennies, transforme des chefs d’État en monarques républicains, des constitutions en feuilles de route modulables, et des promesses solennelles en simples figures de rhétorique.
Le devoir ? Parlons-en !
Quel est donc ce devoir, Monsieur le Président, qui serait si impérieux qu’il écrase la parole donnée ? Est-ce celui de sauver un pays en danger ? Est-ce celui de préserver l’unité nationale face à un péril imminent ? Aucun de ces contextes ne s’applique. La Côte d’Ivoire, malgré ses défis, ne vit pas une crise qui justifierait une telle dérogation démocratique. Elle a des institutions. Elle a des cadres. Elle a une jeunesse formée, prête à relever les défis du leadership.
Votre sens du devoir ressemble davantage à une peur du vide. Peur de l’après-Ouattara. Peur de voir vos héritiers politiques échouer à préserver un système bâti sur mesure. Ce n’est pas le devoir qui vous pousse, c’est l’instinct de conservation. Et l’histoire politique de l’Afrique est saturée d’exemples de dirigeants qui, sous couvert de responsabilité nationale, ont confisqué le pouvoir jusqu’à l’absurde.
Vous étiez l’exception…
Vous étiez perçu comme un contre-modèle à cette tentation. Un économiste rigoureux, un homme de dossiers, un président qui allait, pour une fois, sortir par la grande porte en respectant la Constitution, la limitation des mandats, la parole donnée. Votre recul aurait renforcé la crédibilité de la démocratie ivoirienne, et même africain. Vous avez préféré plier au confort d’un pouvoir prolongé plutôt que de marquer l’histoire avec grandeur.
Une parole n’est pas un ornement
Une promesse, surtout présidentielle, n’est pas un ornement de discours. C’est un pacte moral. Le rompre, c’est semer le doute, affaiblir la confiance publique, encourager le cynisme chez les jeunes, et ouvrir la porte à toutes les manipulations futures. Que vaudra désormais la parole d’un chef d’État africain si chaque engagement peut être relativisé par un prétendu “devoir supérieur” ?
Non, Monsieur Ouattara!
Le devoir qui s’imposait à vous était celui de partir. De céder la place. De faire confiance à une génération nouvelle. De montrer qu’en Afrique aussi, un président peut dire adieu au pouvoir sans y être contraint.
Mais en décidant de rester, vous confirmez ce que beaucoup redoutaient : le troisième mandat n’était qu’un palier. Le quatrième devient une logique. Et si rien ne s’y oppose, le cinquième pourrait n’être qu’une simple « nécessité historique ».
La Côte d’Ivoire mérite mieux. L’Afrique mérite mieux. Et vous, Monsieur le Président, vous étiez attendu pour faire mieux.
Mais vous avez choisi l’éternité plutôt que l’exemple. L’argument plutôt que le courage. Le pouvoir plutôt que la parole.
Alors non, Monsieur Ouattara. Ce n’est pas le devoir qui vous oblige. C’est le choix qui vous engage. Et l’histoire vous jugera.
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