Le nom d’Alino Faso résonnait fort sur les réseaux sociaux ouest-africains. Ce jeudi 24 juillet, c’est dans le silence d’une cellule de l’école de gendarmerie d’Abidjan que s’est tue à jamais la voix d’Alain Christophe Traoré, alias Alino Faso. L’influenceur burkinabé de 44 ans a été retrouvé pendu dans sa chambre de détention. La nouvelle, rendue publique dimanche par le procureur de la République près le tribunal de première instance d’Abidjan, a aussitôt provoqué une onde de choc.
« Le détenu s’est pendu à l’aide de son drap de lit après avoir tenté sans succès de s’ouvrir les veines du poignet », a déclaré le procureur Oumar Braman Koné dans un communiqué officiel. Une enquête est actuellement en cours pour élucider les circonstances et les raisons de ce geste tragique.
Une détention sensible
Arrêté le 10 janvier 2025 dans la capitale économique ivoirienne, Alino Faso était poursuivi pour « intelligence avec des agents d’un État étranger de nature à nuire à la situation militaire ou diplomatique de la Côte d’Ivoire ou à ses intérêts économiques essentiels », selon les autorités. Le parquet ivoirien l’accusait notamment de liens présumés avec les Bataillons d’intervention rapide de la communication (BIR-C), un groupe de cyberactivistes burkinabés réputés proches de la junte militaire au pouvoir à Ouagadougou.
Décrit comme un soutien affiché du capitaine Ibrahim Traoré, Alino Faso aurait aussi été en contact, selon une source sécuritaire relayée en janvier par l’AFP, avec Ibrahima Maïga, un autre militant burkinabé très influent résidant aux États-Unis, connu pour ses prises de position virulentes à l’encontre du pouvoir ivoirien.
Un profil engagé… et dérangeant
Installé à Abidjan en 2021 avec sa famille, où il tenait un restaurant, Alino Faso partageait son temps entre la Côte d’Ivoire et son pays d’origine. En octobre 2024, il avait organisé à Ouagadougou un festival en l’honneur des forces de sécurité burkinabées et des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP) – ces supplétifs civils enrôlés pour combattre les groupes djihadistes dans le pays.
Avec plus de 500 000 abonnés cumulés sur ses différentes plateformes sociales, Alino Faso était devenu un relais puissant de la communication gouvernementale burkinabée. Mais pour Abidjan, son activisme avait franchi la ligne rouge.
Un climat régional tendu
Depuis le coup d’État de septembre 2022, les relations entre la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso sont restées tendues. La mort d’Alino Faso risque d’attiser ces tensions diplomatiques. Certains internautes proches de la mouvance panafricaniste dénoncent déjà un « assassinat politique déguisé », pendant que d’autres appellent au calme et à la transparence dans l’enquête.
Le communiqué du procureur se veut formel : « Une enquête est en cours pour déterminer les motifs et les circonstances de ce suicide. » Mais le contexte politique, la personnalité clivante de la victime et la gravité des accusations rendent ce dossier hautement sensible.
Derrière les barreaux, un homme a perdu la vie. Sur les réseaux, son nom devient une bannière pour certains, un signal d’alarme pour d’autres. La justice ivoirienne, elle, est désormais attendue au tournant.

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