Dans cette commune populaire au sud de Conakry, un artisan pas comme les autres attire les regards et fait parler de lui : Aboubacar Camara, alias Abou Gninnè, rencontré par Laguinee.info ce jeudi, mêle tôlerie, art et ingéniosité dans une démarche qui étonne et fascine. De la fabrication de masques culturels à la création d’un hélicoptère artisanal, cet autodidacte réinvente le métier de tôlier, au croisement entre technique et imagination.
Un hélicoptère fait maison, qui attire jusqu’à l’étranger
L’une de ses réalisations les plus emblématiques reste sans doute l’hélicoptère artisanal qu’il a conçu à partir de pièces récupérées. Présenté lors d’un essai public sur un terrain de la localité, l’engin a suscité une forte mobilisation. Médias, habitants et même des curieux venus du Mali et de la Côte d’Ivoire ont partagé la vidéo de l’événement.
« Quand j’ai fabriqué cet hélicoptère, je suis allé l’essayer au terrain. Il y avait beaucoup de monde, même des Maliens et des Ivoiriens ont publié la vidéo », raconte-t-il avec fierté. Un moment marquant dans sa carrière d’artisan, selon ses propres mots.
Un parcours autodidacte au service de la créativité

Avant de se consacrer entièrement à la tôlerie, Abou Gninnè a touché à plusieurs métiers manuels : maçonnerie, menuiserie, soudure. Mais c’est dans la tôlerie qu’il a trouvé son langage de création.
Sans aucune formation académique, il affirme tout devoir à son instinct et à ce qu’il considère comme un don : « Toutes les choses que je fabrique, je n’ai fait aucune formation là-dessus. C’est un don de Dieu », assure-t-il. D’où son surnom « Gninnè », signifiant Diable en langue locale, en raison de sa capacité à « transformer les choses ».
Masques, théâtre et fer léger
Artisan polyvalent, Abou Gninnè travaille également pour le monde du théâtre. Aux côtés de troupes comme Hadja Gongoli, il conçoit des masques pour des pièces traitant souvent de sorcellerie ou de mythes traditionnels.

Là encore, son originalité fait la différence : il fabrique ses masques non pas en bois, comme le veut la tradition, mais en métal léger. « C’est une bonne qualité, ça dure beaucoup. Les gens aiment cela », explique-t-il.
Entre tôlerie et danse, un esprit libre
Autre passion inattendue : la danse. Inspiré par Michael Jackson, Abou affirme avoir été un grand danseur par le passé et soutient aujourd’hui un groupe de jeunes artistes locaux. « Avant cela, j’ai été un grand danseur. J’ai un groupe que j’aide aujourd’hui pour qu’il réussisse », dit-il.
S’il n’a jamais eu l’occasion de se produire à l’étranger, il garde le souvenir de nombreuses prestations à travers le pays, où certains de ses anciens camarades brillent aujourd’hui dans les Ballets nationaux ou le groupe Wassasso.
Entre admiration et manque de moyens

Son maître en tôlerie, Lansana Sanoh, ne tarit pas d’éloges : « Abou, c’est mon apprenti. Il a un don de créativité. Il fait des choses ici, parfois moi-même je reste sans mot ». Mais il alerte aussi sur les limites imposées par le manque de ressources : « Il y a des matériels qu’il doit acheter… mais si on n’en a pas, cela joue beaucoup sur lui ».
Un appel à valoriser la jeunesse créative
Par ses actions, Abou Gninnè incarne une jeunesse guinéenne inventive, souvent ignorée, mais pleine de potentiel. Il espère que son parcours inspirera d’autres jeunes à croire en leur talent, et interpelle les autorités : « Soutenir les jeunes créatifs, c’est construire un avenir solide », insiste-t-il.
Dans un pays où les initiatives artisanales manquent souvent de visibilité et de soutien, Abou Gninnè trace sa route, entre tôlerie, art et audace.
IAC, pour www.laguinee.info







