spot_img
spot_img
spot_imgspot_imgspot_imgspot_img
spot_img

Disparition d’Oumar Sylla et Mamadou Billo Bah : un an après, trois ONG internationales exigent vérité, justice et transparence

spot_imgspot_imgspot_img

À LIRE AUSSI

Cela fait aujourd’hui un an jour pour jour que deux figures de proue de la société civile guinéenne, Oumar Sylla, alias Foniké Menguè, coordinateur du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC), et Mamadou Billo Bah, coordinateur de Tournons La Page Guinée (TLP-Guinée), ont été enlevés sans mandat par des hommes armés et cagoulés. Selon des témoins, ces derniers seraient membres des Forces spéciales et du Groupement d’intervention de la gendarmerie nationale (GIGN). L’enlèvement s’est produit le 9 juillet 2024 au domicile d’Oumar Sylla à Conakry, en présence de plusieurs personnes.

Seul Mohamed Cissé, un autre militant du FNDC également enlevé ce jour-là, a été relâché le lendemain. Il a publiquement témoigné avoir été torturé et affirme que les deux autres militants ont été transférés vers l’île de Fotoba, ancien bagne colonial devenu un centre de détention informel.

Depuis cette date, aucune trace des deux disparus. Aucune information officielle. Aucune réponse sérieuse. Malgré l’annonce, dès le 17 juillet 2024, par le procureur de la Cour d’appel de Conakry, de l’ouverture d’une enquête, aucun élément tangible n’a été communiqué à leurs familles, à leurs avocats ou à la presse. Les ONG craignent même que l’enquête n’ait jamais été ouverte.

Dans un communiqué conjoint, trois organisations internationales: ACAT-France, Tournons La Page (TLP) et la Human Rights Foundation, dénoncent le silence assourdissant des autorités guinéennes et demandent la mise en place d’une enquête indépendante, impartiale, avec une composante internationale, sous l’égide des Nations unies ou de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples (CADHP).

« Le silence persistant du gouvernement guinéen sur cette affaire alimente la suspicion d’une disparition forcée orchestrée par l’État », écrivent-elles dans leur déclaration.

Ce n’est pas faute d’interpellations. Le 28 novembre 2024, Mary Lawlor, rapporteuse spéciale des Nations unies sur les défenseurs des droits de l’homme, avait déjà rendu publique une lettre adressée au gouvernement guinéen exigeant des réponses claires. Mais aucune réaction officielle n’a suivi, pas plus qu’aux autres sollicitations adressées par divers mécanismes onusiens.

Dans leur communiqué, les ONG rappellent que cette affaire s’inscrit dans un climat de répression généralisée depuis le coup d’État du 5 septembre 2021, qui a porté le colonel Mamadi Doumbouya au pouvoir. Celui-ci, devenu général et président de la transition, est accusé d’avoir instauré un régime autoritaire, multipliant disparitions forcées, arrestations arbitraires, et poursuites contre les voix dissidentes.

Les ONG dénoncent également le fait que les témoignages disponibles, notamment celui de Mohamed Cissé et les révélations du journaliste Thomas Dietrich qui a identifié certains agents formés en France – n’ont jamais été pris en compte par les autorités judiciaires guinéennes.

« La disparition d’Oumar Sylla et de Mamadou Billo Bah constitue une violation flagrante des engagements internationaux de la Guinée, notamment du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et de la Charte africaine des droits de l’homme et des peuples », souligne le communiqué.

Appel aux instances internationales et à la France

Face à l’inaction du gouvernement guinéen, les trois ONG appellent solennellement la France, l’Union européenne et les Nations unies à agir.

Elles demandent :

  • Le soutien à l’ouverture d’une enquête internationale, notamment au sein du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) ou de la CADHP ;
  • La suspension immédiate de toute coopération sécuritaire et militaire avec les forces guinéennes impliquées dans cette affaire, tant que les auteurs et commanditaires n’ont pas été identifiés, poursuivis et sanctionnés ;
  • La conditionnalité de toute aide budgétaire au respect des droits fondamentaux ;
  • Le mandat d’une mission internationale d’établissement des faits en Guinée pour enquêter sur les disparitions forcées ;
  • L’inscription annuelle du cas Sylla/Bah à l’agenda du Conseil des droits de l’homme de l’ONU pour permettre un débat public.
Exigences envers le gouvernement guinéen

Les trois ONG exigent du gouvernement guinéen :

  • La révélation immédiate du sort d’Oumar Sylla et de Mamadou Billo Bah ;
  • La libération de toutes les personnes détenues arbitrairement dans le cadre de cette affaire ;
  • La protection effective des défenseurs des droits humains ;
  • La fin de la répression des mouvements citoyens.

« Un an après, le silence est devenu insoutenable. La vérité doit éclater, la justice doit être rendue », conclut le communiqué.

Cet anniversaire, bien que tragique, rappelle l’urgence d’agir. Les regards sont tournés vers les autorités guinéennes, mais aussi vers la communauté internationale, sommée de ne plus détourner le regard.

Laguinee.info

- Advertisement -
spot_img
spot_img
spot_img

ECHO DE NOS RÉGIONS