À l’occasion de l’ouverture du Forum national sur le renforcement des capacités des acteurs impliqués dans la gestion et le recouvrement des avoirs saisis et confisqués, le Premier ministre guinéen Amadou Oury Bah a tenu un discours aux allures de profession de foi. Depuis la Cour d’appel de Conakry, il a lancé un appel appuyé à l’endroit des magistrats, invités à faire preuve de rigueur, de persévérance et d’engagement dans la consolidation de l’État de droit.
Le forum, organisé dans un contexte de lutte renforcée contre la corruption et l’impunité, se veut une plateforme technique. Mais c’est un message politique que le chef du gouvernement a préféré marteler. Un message adressé à une magistrature souvent critiquée, parfois isolée, mais aujourd’hui présentée comme un maillon essentiel dans le processus de refondation engagé par les autorités de la transition.
« Lorsqu’un pays, pendant une longue période historique, a été marqué par des formes d’impunité, des abus que nous avons endurés, il va de soi qu’un changement nécessite beaucoup de détermination et de constance », a affirmé Bah Oury, le ton grave et mesuré. « Il faut garder le cap. On ne va pas vous applaudir lorsque vous remettez en cause des habitudes, mais en fin de compte, la société finira par accepter. »
En filigrane, le Premier ministre semble reconnaître l’ampleur de la tâche et la résistance que suscitent les réformes. Mais il insiste : l’heure n’est pas au découragement.
« À tous les magistrats qui se sont illustrés dans des actions de justice, de jugement, de procès emblématiques, ne vous laissez pas attrister par des attitudes ou des comportements qui ne sont pas à la hauteur de la reconnaissance que la nation vous doit. »
Ce soutien affiché n’est pas anodin. Ces derniers mois, plusieurs procédures sensibles ont ébranlé des figures de l’ancien régime et touché des secteurs longtemps considérés comme intouchables. Une dynamique saluée par certains, contestée par d’autres, dans un climat politique où l’indépendance de la justice reste régulièrement mise à l’épreuve.
En appelant à « maintenir le cap », Bah Oury ne s’adresse pas seulement aux magistrats : il cherche aussi à rassurer une opinion publique en quête de justice, dans un pays où l’impunité a longtemps fait système. Reste à savoir si les institutions judiciaires disposent réellement des moyens et de la marge pour répondre à cet appel.
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