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Tribune : L’officialisation des langues guinéennes réconcilie la nation avec elle-même 

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Dans un monde où l’identité culturelle devient un levier de souveraineté, où la diversité linguistique est une richesse et non un handicap, la Guinée se trouve à la croisée des chemins. La rédaction d’une nouvelle constitution offre une opportunité historique : officialiser les langues guinéennes aux côtés du français, non pas par symbole, mais comme un acte fondamental de justice, d’inclusion et de développement durable.

 

𝗨𝗻 𝗵𝗲𝗿𝗶𝘁𝗮𝗴𝗲 𝗿𝗲𝗳𝗼𝘂𝗹𝗲́ 𝗮̀ 𝗿𝗲𝗵𝗮𝗯𝗶𝗹𝗶𝘁𝗲𝗿

 

Depuis l’indépendance, la Guinée a vécu dans un paradoxe linguistique : un peuple multilingue dirigé exclusivement en français. Le français, langue du colon, a été érigé en unique langue officielle, reléguant les langues nationales, pourtant porteuses de sens, de culture, de mémoire aux marges de la République. Cette situation a produit un système inégalitaire, où comprendre la loi, défendre ses droits, accéder aux soins ou même suivre l’école suppose une maîtrise du français que beaucoup n’ont jamais pu acquérir.

 

𝗢𝗳𝗳𝗶𝗰𝗶𝗮𝗹𝗶𝘀𝗲𝗿 𝗽𝗼𝘂𝗿 𝗶𝗻𝗰𝗹𝘂𝗿𝗲

 

L’officialisation des langues guinéennes serait d’abord un acte de reconnaissance. Reconnaître que le Poular, le Malinké, le Soussou, le Kissi, le Guerzé ou encore le Toma, ne sont pas de simples dialectes domestiques, mais des véhicules de pensée, de savoir et de légitimité sociale. C’est aussi rendre l’État plus proche du peuple, car une administration qui s’exprime dans la langue du citoyen est une administration plus juste.

 

𝗟’𝗲𝗰𝗼𝗹𝗲,𝗹𝗲 𝗴𝗿𝗮𝗻𝗱 𝗯𝗲𝗻𝗲𝗳𝗶𝗰𝗶𝗮𝗶𝗿𝗲

 

Plusieurs études de l’UNESCO ont démontré que l’apprentissage dans la langue maternelle favorise la réussite scolaire. Loin de nuire au français, l’introduction progressive des langues nationales dans l’enseignement de base permettrait aux enfants d’apprendre mieux et d’apprendre davantage. Ce bilinguisme précoce préparerait des citoyens à l’aise dans leurs racines comme dans le monde globalisé.

 

De plus, l’existence d’écritures africaines telles que ADLaM 𞤀𞤁𞤂𞤢𞤃 pour le Poular, le N’Ko pour le Mandingue, ou encore des tentatives pour codifier le Soussou et d’autres langues montre que les outils existent. Il reste à l’État de les reconnaître, de les normaliser, et d’en faire des instruments de savoir.

 

𝗨𝗻𝗲 𝘀𝗼𝘂𝘃𝗲𝗿𝗮𝗶𝗻𝗲𝘁𝗲́ 𝗰𝘂𝗹𝘁𝘂𝗿𝗲𝗹𝗹𝗲 𝗮𝘀𝘀𝘂𝗺𝗲𝗲

 

Reconnaître les langues guinéennes, c’est aussi décoloniser l’État, en dépassant les vestiges d’une domination symbolique. Cela ne signifie pas rejeter le français, mais le repositionner : il devient une langue de communication internationale, non une barrière d’accès à la citoyenneté.

 

L’Afrique du Sud, le Rwanda, le Sénégal ont tous misé sur le plurilinguisme officiel, avec des résultats positifs. Pourquoi pas nous ? La Guinée, pionnière de l’indépendance, doit redevenir pionnière dans la refondation de son identité.

 

𝗨𝗻 𝗱𝗲𝗳𝗶 𝘁𝗲𝗰𝗵𝗻𝗶𝗾𝘂𝗲, 𝗺𝗮𝗶𝘀 𝗽𝗮𝘀 𝗶𝗺𝗽𝗼𝘀𝘀𝗶𝗯𝗹𝗲

 

Certes, les défis sont nombreux : standardisation des langues, formation des enseignants, traduction des textes, adaptation des médias. Mais ce ne sont pas des obstacles, ce sont des chantiers. La volonté politique, alliée aux compétences des linguistes, des enseignants et des communautés, suffit à transformer l’utopie en réalité.

 

Car un État qui parle toutes les langues de son peuple est un État qui écoute, qui unit, et qui avance.

 

𝗡𝗼𝘀 𝗹𝗮𝗻𝗴𝘂𝗲𝘀, 𝗻𝗼𝘀 𝘁𝗲𝘅𝘁𝗲𝘀

 

La future constitution guinéenne ne doit pas seulement être traduite dans les langues nationales. Elle doit les incarner comme langues de droit, de justice, d’éducation, de citoyenneté. Car le peuple guinéen ne vit pas en français. Il pense, rit, pleure, prie, espère dans ses langues.

 

Offrons à ces langues la place qui leur revient : officielle, digne, vivante. Et alors, la République parlera vrai.

 

𞤏𞤭𞤲𞤣𞤫𞤲 𞤶𞤢𞤲𞤺𞤫𞤲 𞤫 𞤯𞤫𞤲𞤯𞤫 𞤥𞤫𞤫𞤲⹁ 𞤯𞤵𞤲 𞤳𞤮 𞤩𞤢𞤲𞤼𞤢𞤤 𞤫 𞤵𞤣𞥆𞤭𞤼𞤢𞤤 𞤥𞤢𞤱𞤲’𞤺𞤢𞤤 𞤱𞤮𞤲𞤢𞤲𞤣𞤫 𞤫𞤲.

 

𝗦𝗔𝗥𝗔 𝗗𝗘𝗕𝗘𝗡 ✒️

Enseignant, chercheur et écrivain en Adlam Poular

Membre du bureau national Winden Jangen Adlam

Rédacteur du rubrique « portraits » du mensuel Tabalde.

Détendeur du prix « DIBAS 2024 » (Meilleur promoteur d’adlam 2024)

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Adresse : Republique de Guinée Conakry, Commune de Gbessia, quartier koloma. e-mail : saraismat24@gmail.com

 

#Adlam

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