Face à la crise aiguë de liquidité en espèces qui plombe les transactions quotidiennes et fragilise l’économie informelle, la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG) annonce un plan d’urgence : l’injection progressive de plus de 2 600 milliards de francs guinéens en billets neufs entre août et octobre 2025. Mais si cette décision peut soulager à court terme, elle pourrait aussi entraîner des conséquences complexes sur les prix, la consommation, et la stabilité économique.
Une réponse logistique à une crise structurelle
500 milliards GNF en août, 1 500 milliards en septembre, puis entre 600 et 700 milliards en octobre : ces chiffres avancés par le gouverneur de la BCRG, Karamo Kaba, témoignent d’un effort massif pour résoudre une crise de cash devenue insoutenable. Depuis plusieurs mois, les Guinéens manquent d’argent liquide, non pas faute de richesse, mais faute de billets physiques pour circuler.
Ce déficit en espèces a désorganisé le commerce, ralenti les paiements de salaires et de pensions, et surtout fait exploser les tensions dans les marchés urbains et ruraux, où le cash reste roi.
Effet immédiat : un soulagement attendu sur les marchés
Dans l’immédiat, l’arrivée des nouveaux billets devrait fluidifier les transactions, notamment dans les secteurs où l’usage du mobile money reste marginal. Les commerçants pourront réapprovisionner plus facilement, les ménages auront accès à leur argent, et les salaires publics ou privés seront versés sans restriction.
Cela pourrait stabiliser momentanément le niveau des prix, surtout pour les produits de première nécessité dont les pénuries étaient parfois entretenues par l’indisponibilité du cash.
Mais à moyen terme : une pression haussière sur les prix
Injecter une telle masse monétaire, sans création de richesse équivalente, comporte des risques. En augmentant soudainement la quantité de billets en circulation, la Banque centrale prend le risque de stimuler une demande artificielle dans un contexte d’offre limitée, ce qui peut alimenter l’inflation.
Concrètement :
Le panier de la ménagère pourrait en souffrir. Les prix du riz, de l’huile, du sucre ou du poisson, déjà volatils, risquent de repartir à la hausse, surtout si les commerçants anticipent une montée de la demande liée à l’abondance de liquidité.
Le pouvoir d’achat réel pourrait donc s’éroder, en particulier pour les couches les plus pauvres qui vivent au jour le jour.
Les loyers, les frais de transport et les dépenses scolaires pourraient également grimper, avec un effet d’entraînement sur toute l’économie.
Un risque de perte de confiance si les fondamentaux ne suivent pas
Injecter plus de cash n’est pas une solution miracle. Si cette manœuvre n’est pas accompagnée de réformes structurelles — comme le contrôle de la masse monétaire, la relance de la production locale, et la stabilité budgétaire, la monnaie guinéenne pourrait perdre de sa valeur réelle.
La confiance des citoyens repose sur deux piliers : la capacité à obtenir de l’argent liquide, certes, mais aussi la stabilité de ce qu’ils peuvent acheter avec cet argent. Autrement dit, si les prix flambent après l’arrivée des billets, le remède risque de devenir un poison.
Quel impact pour les entreprises ?
Les PME et TPE, qui souffrent d’un manque de trésorerie depuis des mois, pourraient être temporairement soulagées. L’accès au cash facilitera les paiements des fournisseurs et des employés. Cependant, si l’inflation s’installe, leurs coûts de fonctionnement augmenteront, sans garantie d’une hausse parallèle du chiffre d’affaires.
En toile de fond : la nécessité d’une stratégie monétaire cohérente
Cette opération de « rafraîchissement monétaire » souligne l’urgence d’une politique monétaire plus proactive et mieux anticipée. La crise actuelle révèle :
Une gestion insuffisante du stock de billets (usure, manque de renouvellement, logistique défaillante),
Une faible numérisation des paiements, malgré le potentiel du mobile money,
Et un manque de transparence sur la stratégie de contrôle de l’inflation.
Un soulagement à double tranchant
L’injection massive de billets neufs représente un bol d’air temporaire pour une économie à bout de souffle. Mais pour éviter qu’il ne se transforme en emballement inflationniste, il faut rapidement :
Relancer la production nationale pour répondre à la demande,
Encourager les paiements numériques,
Rassurer les marchés sur la stabilité du franc guinéen,
Et renforcer les filets sociaux pour protéger les plus vulnérables.
Sans ces mesures d’accompagnement, le panier de la ménagère pourrait payer le prix fort de ce qui s’annonce, à première vue, comme une bonne nouvelle.
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