En détention depuis la mi-mai, l’ancien Premier ministre tchadien a suspendu son jeûne entamé pour protester contre son incarcération. Son état de santé, jugé préoccupant, a motivé cette décision, sur fond de tensions communautaires et d’accusations graves.
L’opposant tchadien Succès Masra, incarcéré depuis le 16 mai dernier, a mis un terme à la grève de la faim qu’il observait depuis une semaine. L’annonce a été faite lundi 30 juin au soir par son collectif d’avocats, qui évoque un homme « physiquement affaibli mais moralement combatif ». Dans un communiqué, ses conseils précisent que l’ancien Premier ministre « suspend sa grève d’alimentation et se repréparera pour la suite de cette procédure ». Son médecin personnel, récemment autorisé à le visiter, aurait insisté sur l’impératif d’une reprise alimentaire, indispensable à l’administration de traitements médicaux.
La suspension de ce jeûne survient alors que la pression politique et populaire autour de la détention de M. Masra ne faiblit pas. Samedi 28 juin, une vingtaine de militantes du parti Les Transformateur, formation politique qu’il dirige ont manifesté en sous-vêtements dans les rues de N’Djamena. Une action rare et hautement symbolique, destinée à attirer l’attention de l’opinion sur le sort de leur leader et à dénoncer ce qu’elles considèrent comme une répression arbitraire.
Des accusations lourdes
Succès Masra fait l’objet de poursuites judiciaires pour des faits d’une extrême gravité : incitation à la haine, complicité de constitution de bandes armées, complicité d’assassinat, incendie volontaire et profanation de sépultures. Ces chefs d’accusation sont liés au massacre survenu le 14 mai dans la localité de Mandakao, dans la région du Logone-Occidental (sud du pays), où 42 personnes, majoritairement des femmes et des enfants, ont trouvé la mort. Les autorités tchadiennes accusent le leader des Transformateurs d’avoir provoqué ces violences à travers l’une de ses déclarations publiques.
L’intéressé nie toute implication et dénonce une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Ses partisans pointent, eux, une tentative du pouvoir de faire taire une voix dissidente dans un pays où les rapports entre le nord musulman et le sud chrétien et animiste restent empreints de fortes tensions identitaires.
Un leader au profil atypique
Originaire du sud du Tchad, Succès Masra, économiste formé à l’international, avait fait une entrée remarquée dans l’arène politique tchadienne ces dernières années. Porteur d’un discours de rupture et de réformes, il s’était imposé comme l’un des principaux visages de l’opposition au régime de Mahamat Idriss Déby Itno, président de transition depuis la mort de son père en 2021. Son arrestation, dans un contexte de regain d’instabilité au sud, a ravivé les clivages ethno-régionaux et suscité de vives réactions à l’international.
Alors que la procédure judiciaire suit son cours, les soutiens de Masra s’organisent pour maintenir la mobilisation. Mais au-delà du cas individuel de l’opposant, c’est l’équilibre fragile du pays qui semble de nouveau mis à l’épreuve, entre revendications politiques, fractures communautaires et aspirations démocratiques longtemps étouffées.


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