Le procès très attendu de Baltasar Ebang Engonga, ancien Directeur général de l’Agence nationale d’investigation financière (ANIF) et figure influente du régime équato-guinéen, s’est ouvert le 30 juin 2025 devant le tribunal de Malabo, sur fond de scandale politico-sexuel retentissant.
Âgé de 47 ans, Baltasar Ebang Engonga, surnommé « Bello », comparaît pour détournement de fonds publics, enrichissement illicite et abus de pouvoir. Haut fonctionnaire et neveu du président Teodoro Obiang Nguema Mbasogo, il est accusé par le parquet d’avoir transféré des fonds de l’État vers des comptes privés en usant de sa position stratégique à la tête de l’ANIF. En détention préventive depuis septembre 2024 à la prison de haute sécurité de Black Beach, il fait désormais face à une justice qu’il connaissait jusqu’ici depuis les arcanes du pouvoir.
Un procès sous haute tension
L’ouverture de cette procédure judiciaire intervient dans un climat électrique. En toile de fond, un scandale d’une tout autre nature continue de secouer la Guinée équatoriale : la fuite, en novembre 2024, de centaines de sextapes mettant en scène Baltasar Ebang Engonga avec plusieurs femmes, dont certaines seraient les épouses ou les filles de hauts responsables de l’appareil d’État. Fait aggravant, certaines vidéos auraient été tournées dans des lieux officiels, notamment dans son bureau au ministère des Finances et même dans les toilettes du tribunal.

Si ces éléments ne figurent pas dans l’acte d’accusation, leur impact sur l’image de l’État et la sérénité du procès est indéniable. Le gouvernement avait alors tenté de contenir l’onde de choc en ralentissant la connexion Internet à l’échelle nationale pour freiner la diffusion des vidéos. Le vice-président Teodoro Nguema Obiang Mangue avait lui-même pris la parole pour annoncer une série de mesures, dont l’installation de caméras de surveillance dans les bâtiments publics et des sanctions contre les fonctionnaires compromis.
Un homme du sérail
Le profil de Baltasar Ebang Engonga complique davantage la lecture de cette affaire. Membre de l’élite dirigeante, apparenté au chef de l’État, il incarnait jusque-là une certaine intouchabilité. Sa disgrâce, officialisée par un décret présidentiel en novembre 2024, symbolise un tournant – ou du moins une volonté d’afficher une rigueur nouvelle dans la gestion des affaires publiques.
Le procès qui s’est ouvert à Malabo devra répondre à une seule série de questions : Baltasar Ebang Engonga s’est-il illégalement enrichi aux dépens du trésor public ? Mais dans l’opinion, le dossier va bien au-delà du simple cadre financier. Il interroge l’éthique au sein de l’appareil d’État, le traitement des élites déchues et la capacité du régime à imposer la transparence dans ses propres rangs.
Un verdict aux conséquences politiques
Si les accusations portées contre Engonga se confirment, le verdict pourrait avoir des conséquences politiques profondes, au moment où le régime d’Obiang, l’un des plus anciens d’Afrique, cherche à redorer son image sur la scène internationale. Le procès est donc scruté de près, tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger.
Dans les couloirs du tribunal, l’ombre du scandale sexuel plane toujours, bien que non traité juridiquement. Pour de nombreux observateurs, cette affaire est révélatrice des tensions internes d’un système où pouvoir, privilèges et impunité ont longtemps formé un triptyque indéboulonnable.
Le procès se poursuit à Malabo. Il pourrait s’étaler sur plusieurs semaines. En attendant, la chute de « Bello » symbolise peut-être le début d’un nouvel équilibre au sein du clan présidentiel.
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