Le décret présidentiel réorganisant certains ministères en Guinée, censé rationaliser l’appareil d’État, commence à révéler ses failles aux yeux de la classe politique. Et Marc Yombouno, ancien ministre du Commerce sous Alpha Condé, n’a pas mâché ses mots. Au téléphone avec Mediaguinee.com, le cadre du RPG Arc-en-ciel dégaine une critique acérée contre une démarche qu’il juge incohérente, clientéliste, voire opportuniste.
« Nous nous en félicitons, car dès après le 5 septembre [2021], il avait été dit qu’il y avait trop de départements, trop de dépenses inutiles, de la gabegie. Il fallait une réconcentration des ministères », concède-t-il, un brin ironique. Avant de décocher sa première flèche : « Si, à la fin de la transition, on revient pour dépiécer à nouveau ces départements, c’est un retour à ce qui était reproché au professeur Alpha Condé. Les mêmes critiques pourraient alors s’appliquer. »
Des fauteuils pour tous, ou presque
Mais au-delà des apparences administratives, c’est le fond politique que Yombouno attaque frontalement : « Beaucoup de personnes attendent des places. Il faut contenter ceux qui sont en train de détruire leurs partis d’origine. Je parle de l’UFDG, du RPG… C’est une stratégie de partage des postes, c’est tout. »
Un constat amer, qui révèle, selon lui, les limites d’un pouvoir transitoire tenté par les vieux réflexes politiques : distribuer les portefeuilles comme on jette des miettes aux affamés. Et les résultats attendus ? « Je ne pense pas. Les indicateurs sont dans le rouge. Même le Premier ministre a reconnu publiquement la nécessité d’une gestion saine de l’État. Créer encore de nouvelles poches de dépenses, c’est aller à contresens. Pour moi, c’est un bide politique. »
Quand les artistes s’improvisent politiciens…
L’ancien ministre ne s’arrête pas là. Visiblement exaspéré par ce qu’il perçoit comme une déprofessionnalisation de la chose publique, il lâche : « Il faut donner la politique à ceux qui connaissent la politique. Aujourd’hui, tout le monde s’y met, même les artistes. »
Le message à la classe dirigeante et à ses partenaires internationaux est limpide – et mordant : « Qu’ils reviennent à ce qu’ils ont eux-mêmes déclaré après le 5 septembre. Ils n’ont pas besoin qu’on leur donne des leçons. Qu’ils tirent eux-mêmes les conséquences entre ce qu’ils ont dit et ce qu’ils font. »
Le RPG, toujours dans la course ?
En conclusion, Yombouno revêt son costume de cadre du RPG Arc-en-ciel et réaffirme la ligne du parti : « Nous restons un parti républicain. Nous croyons à la paix, à la cohésion et au vivre-ensemble. Nous avons toujours appelé à un dialogue inclusif et participatif, qui n’a jamais été effectif. Nous continuons à le demander pour la stabilité du pays », rapporte nos confrères.
Derrière le vernis d’une réorganisation technique, Marc Yombouno dénonce un remaniement aux allures de troc politique, qui, selon lui, éloigne encore un peu plus la transition guinéenne de ses promesses initiales.
Laguinee.info







