Quarante jours après son interpellation musclée à l’aube du 16 mai, Dr Succès Masra, président du parti d’opposition Les Transformateurs, s’est exprimé publiquement pour la première fois depuis sa détention. Dans une lettre ouverte transmise depuis sa cellule, l’opposant s’adresse aux Tchadiens, mêlant témoignage personnel, analyse politique et appel à la mobilisation pacifique. Il annonce également le début d’une grève de la faim « en solidarité avec le peuple ».
Un témoignage personnel fort
Réveillé à 5 heures du matin le 16 mai dernier « par des armes pointées » sur lui, Dr Masra décrit une arrestation brutale. Depuis, il dit n’avoir reçu aucune explication claire sur les motifs de sa détention. « Cela fait 40 jours que je suis là, cherchant encore, sans doute comme vous, la raison de ma présence dans ce lieu où je suis privé de ma liberté physique », écrit-il.
Pour lui, sa détention est symbolique d’un mal plus profond : celui d’un peuple « prisonnier des injustices, des inégalités, de la corruption, de la faim, du chômage, de la soif ». Il affirme que son combat n’est pas celui d’un homme politique pour le pouvoir, mais d’un citoyen engagé pour une libération collective.
Un message d’unité et de résistance pacifique
Dans sa lettre, Dr Masra lance un vibrant appel à l’unité nationale, refusant toute logique de domination ou d’exclusion : « Nous devons de toutes nos forces combattre ces tentations de domination chrétienne-sudiste, musulmane-nordiste, des militaires sur les civils, des hommes sur les femmes ». Il insiste sur la nécessaire égalité entre tous les Tchadiens, quelles que soient leur origine, leur croyance ou leur condition.
S’appuyant sur l’hymne national et les figures fondatrices du Tchad, il exhorte la population à « lever les yeux et ne jamais baisser la tête », malgré les épreuves. « Le peuple des Sao ne peut avancer tête haute que si chacun de nous en devient un digne citoyen », souligne-t-il.
Un combat qui dépasse sa propre personne
Revenant sur les années de lutte de son mouvement, il rappelle les persécutions, les arrestations, l’exil forcé de certains militants, et les pertes humaines subies. Il réaffirme l’engagement de Les Transformateurs pour une transition pacifique, une réconciliation nationale et un dialogue intergénérationnel.
« Ma liberté n’est pas plus importante que celle du peuple. […] Si me maintenir en prison à vie pouvait résoudre tous les défis, j’aurais été le candidat de 7 heures du matin », affirme-t-il dans une formule marquante.
Début d’une grève de la faim
Dans la dernière partie de sa lettre, Dr Masra annonce qu’il entame une grève de la faim à partir de ce 24 juin. Il dit vouloir, par ce geste, protester contre les « injustices imméritées » et exiger la « libération des énergies du peuple tchadien ». Il remercie ses soutiens au Tchad comme dans la diaspora, et appelle à rester mobilisés : « La bonne nouvelle, c’est que chaque prison — individuelle ou collective — n’est que passagère. »
Un message adressé à sa fille, et aux générations futures
Dans un passage particulièrement émouvant, il confie avoir expliqué à sa fille de 10 ans, qu’il ne peut plus joindre depuis sa cellule, que « la liberté n’est pas gratuite ». Et d’ajouter : « Pour qu’un jour, être une femme ou avoir une croyance ne soit plus jamais un handicap, papa doit parfois faire face à tout ça. »
Une exhortation à la dignité
Dr Masra conclut sa lettre par un message d’espoir, réaffirmant sa foi en la capacité du peuple à triompher pacifiquement des épreuves : « Nous y arriverons ensemble, comme un peuple libre. »
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