Quelques jours après son enlèvement et sa séquestration dans des conditions d’une extrême brutalité, Maître Mohamed Traoré, ancien Bâtonnier du Barreau de Guinée, a rompu le silence. Dans une lettre poignante, il revient sur son calvaire, témoigne de sa foi, remercie les nombreuses personnes qui lui ont exprimé leur soutien, et annonce une pause dans ses engagements publics, par souci de protection de ses proches.
Un enlèvement d’une rare violence
Dans la nuit du 20 au 21 juin 2025, Me Mohamed Traoré a été enlevé à son domicile par des individus armés et cagoulés, avant d’être séquestré et soumis à des violences physiques et morales.
Dans sa lettre, l’avocat décrit les sévices :
« Après m’avoir enlevé et torturé physiquement et moralement (violents coups de matraques, de ceinturons, gifles, injures grossières, menaces de me crever les yeux ou de me tuer), mes ravisseurs m’ont abandonné à Bangouya, dans Coyah (c’est après Kouria) où des citoyens m’ont recueilli jusqu’à l’arrivée de Me Soufiane Kouyaté et de mon fils que j’ai réussi entre-temps à joindre. »
Malgré cette violence, il dit ne pas être surpris :
« Je savais que j’étais dans la ligne de mire de certains à cause de mes prises de position. Mais au fond de moi, je ne pensais commettre aucun crime en m’exprimant sur la conduite des affaires de mon pays comme cela est permis à tout citoyen. »
Une reconnaissance émue envers ses confrères et la population
Dès sa libération, une vague de solidarité s’est exprimée à travers la Guinée et au-delà, tant chez les citoyens que chez les professionnels du droit. Un élan qui a profondément touché Me Traoré :
« Je voudrais vous remercier très sincèrement, en mon nom et au nom de ma famille, pour vos très nombreux témoignages de compassion à travers vos visites à mon domicile, les appels téléphoniques et autres. En dépit des sévices que j’ai subis, je parviens à recouvrer ma santé grâce à mes médecins et surtout grâce à votre soutien moral. J’ai compris que ma famille et moi ne sommes pas seuls dans cette épreuve. »
Il ajoute, avec émotion :
« Comme je l’ai dit à mes confrères, je peux m’estimer heureux car j’aurais pu connaître un sort bien plus triste au regard de ce qui est arrivé à d’autres compatriotes. »
Un moment de foi et de conscience familiale
Dans sa lettre, Me Traoré laisse aussi transparaître une profonde spiritualité. Il invoque sa foi pour surmonter cette épreuve :
« Je reste convaincu cependant que “rien ne nous atteindra sauf ce que Allah a prescrit pour nous. Il est notre Maître. C’est en Allah que les croyants mettent leur confiance”. Je reste convaincu aussi qu’il n’y a de force et de puissance qu’en Allah. »
Mais c’est surtout la peur pour sa famille, particulièrement pour ses enfants, qui le pousse aujourd’hui à prendre du recul :
« En voyant mes enfants pleurer et ma fille aînée giflée par un de mes ravisseurs qui n’a pas pensé un seul instant qu’il pouvait avoir une fille du même âge, j’ai compris que je les mettais en danger sans qu’ils n’aient eux-mêmes cherché cela. Ils ne sont même pas conscients de mon engagement. Ils ne devraient donc pas en subir les conséquences. »
Il rend un hommage discret mais puissant à son épouse :
« Je remercie et rends hommage à mon épouse qui, pendant ces instants de brutalité, a fait preuve d’une sérénité insoupçonnée pour gérer la situation et a même eu le temps de faire deux rakats (deux unités de prières) pour implorer la protection divine car en ce moment, seul Dieu pouvait nous protéger. »
Une pause assumée
Marqué par l’épreuve, Me Mohamed Traoré annonce qu’il se retire momentanément de la scène publique :
« Je voudrais donc faire une pause par respect pour ma famille et mes amis qui insistent pour que je fasse comme tout le monde. »
Une pause dictée par la sagesse et la responsabilité :
« Ceux qui ont agi ont voulu non seulement me faire du mal mais aussi et surtout me briser moralement. Je vois que ce sont mes parents et mes amis qui avaient raison. Mais une chose reste claire : le destin n’appartient qu’à Dieu. »
Un message d’espoir et de gratitude
En guise de conclusion, l’ancien bâtonnier adresse un message à toutes celles et ceux qui l’ont soutenu :
« Encore une fois, merci à toutes et à tous. »
Contexte
Cet enlèvement a suscité une vive indignation dans les milieux juridiques et au sein de la société civile. La Conférence des Barreaux de l’espace UEMOA, entre autres institutions, a dénoncé un acte grave contre l’État de droit, exigeant que lumière soit faite sur cette affaire.
Laguinee.info







