Nous venons de l’apprendre : Me Mohamed Traoré, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats de Guinée, fraîchement rentré du pèlerinage, a été enlevé à l’aube de ce samedi 21 juin 2025 à son domicile, situé dans le quartier Sonfonia, à Conakry.
Selon des sources proches de la famille, l’avocat a été emmené de force aux environs de 3 heures du matin par un groupe d’individus encagoulés, certains en tenue, d’autres en civil. Les assaillants ont tenté de forcer la porte principale. Devant la résistance, ils auraient proféré des menaces de tirer. L’un d’eux aurait fini par tordre la serrure pour permettre l’intrusion dans la maison.
Selon les informations, il a été enlevé sous les yeux de son épouse et de ses enfants, visiblement traumatisés. À cette heure, sa destination reste inconnue, tout comme les raisons précises de son enlèvement.
Une voix libre dans le viseur
Maître Mohamed Traoré est l’une des rares figures du Barreau guinéen à dénoncer, de manière constante, les dérives autoritaires de la transition en cours, notamment les violations massives des droits humains perpétrées par le CNRD (Comité national du rassemblement pour le développement).
Il avait siégé au Conseil national de la Transition (CNT) avant de démissionner, en cohérence avec la résolution votée par le CNT lui-même, qui fixait un délai légal à la transition. Il a depuis multiplié les prises de parole publiques critiques à l’égard du régime militaire.
Il est également l’avocat du colonel Célestin Bilivogui, enlevé puis déclaré mort, son corps ayant été présenté à son épouse par les autorités militaires sans jamais être restitué à sa famille. Il assure aussi la défense de Saadou Nimaga, enlevé à l’hôtel Kaloum et porté disparu depuis le 17 octobre 2024.
Une liste de plus en plus longue
L’enlèvement de Me Traoré s’ajoute à une longue série de disparitions forcées ciblant opposants politiques, activistes, journalistes, défenseurs des droits humains, citoyens ordinaires, ainsi que des cadres civils et militaires. Un climat de peur semble s’installer durablement dans le pays, entretenu par les méthodes opaques de la junte au pouvoir.
Indignation dans le monde juridique
Cette opération brutale, survenue en dehors de tout cadre légal connu, suscite une vague d’indignation. Me Halimatou Camara, avocate et militante des droits humains, a vivement réagi : « Aucune atteinte à l’intégrité physique du Bâtonnier Mohamed Traoré ne saurait être tolérée. Aujourd’hui, dénoncer les dérives de la transition est devenu un crime. Un avocat, quelle que soit l’infraction qui lui est reprochée, ne peut être séquestré. C’est une violation grave de l’État de droit. Ce qui arrive à Me Traoré est une dérive grave, facilitée par le silence ou la complicité d’une partie de l’appareil judiciaire. Ce n’est pas seulement une atteinte contre un homme. C’est un coup porté à l’État de droit, à la justice, à chacun d’entre nous. »
À l’heure de la publication de cet article, aucune autorité officielle n’a confirmé l’interpellation ni donné la moindre information sur les circonstances, les motifs ou le lieu de détention de Me Mohamed Traoré.
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