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Gestion des élections en Guinée : Me Mohamed Traoré plaide pour une CENI technique et indépendante

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L’ancien bâtonnier s’interroge sur le retour de l’administration publique dans l’organisation des élections et rappelle les leçons du passé.

Alors que le débat sur la création récente de la Direction Générale des Élections (DGE) bat son plein en Guinée, Me Mohamed Traoré, avocat au barreau de Guinée et ancien bâtonnier, a livré une analyse fouillée de l’évolution de la gestion électorale dans le pays depuis les années 1990. À travers une tribune largement relayée, il exhorte les autorités à tirer les leçons du passé pour éviter de reproduire les mêmes erreurs.

 

« À propos de l’organe de gestion des élections et en partant de 1990, c’est le ministère de l’Intérieur qui organisait les élections », rappelle Me Traoré. Il cite notamment l’élection présidentielle de 1993, où l’annulation des résultats dans les préfectures de Kankan et de Siguiri, bastions du RPG, aurait, selon certains, privé Alpha Condé d’un éventuel second tour face au président Lansana Conté. « L’histoire nous dira un jour ce qu’il en est », glisse-t-il avec prudence.

Un long chemin de méfiance

Pour l’avocat, l’organisation des scrutins par l’Administration publique a toujours été marquée par la méfiance de la classe politique guinéenne. C’est d’ailleurs cette défiance qui avait conduit à la mise en place successive de la Commission Électorale Nationale Autonome (CENA), puis de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI).

Mais ni l’une ni l’autre n’a pu faire l’unanimité. « Malheureusement, [la CENI] n’a pas répondu non plus aux attentes légitimes de la classe politique et même des citoyens », souligne Me Traoré, évoquant un fonctionnement trop politisé, ainsi que l’influence persistante de l’Administration publique. Il va plus loin, rappelant les ingérences de certains chefs de quartiers, préfets, magistrats, et même militaires, lors des opérations électorales passées.

Vers un organe technique et dépolitisé

Face à ce constat, la solution, selon Me Traoré, réside dans la mise en place d’un organe technique de gestion des élections, composé de professionnels choisis sur des critères d’expertise et d’intégrité, et non sur leur affiliation politique. Il salue en ce sens les dispositions de l’avant-projet de Constitution élaboré par le Conseil National de la Transition (CNT), qui prône cette approche innovante.

« On ne peut expérimenter qu’une formule nouvelle, pas celle qui a déjà existé et qui n’a pas été satisfaisante », argue-t-il, critiquant le retour à une formule éprouvée et jugée inefficace : l’organisation des élections par l’État à travers le ministère de l’Intérieur.

Une administration encore politisée ?

Si certains défendent la légitimité de confier les élections à l’Administration publique  comme cela se fait dans plusieurs pays, Me Mohamed Traoré rappelle que cela suppose une dépolitisation réelle de cette même administration. Or, note-t-il, l’une des raisons invoquées par les militaires lors du coup d’État du 5 septembre 2021 était précisément cette politisation excessive de l’appareil administratif.

« Est-on parvenu à la dépollitiser aujourd’hui ? Quelle garantie offre-t-elle pour organiser des élections justes et transparentes ? », s’interroge l’ancien bâtonnier.

Pour un débat national apaisé

Loin de formuler un procès d’intention, Me Traoré appelle à un débat lucide, fondé sur l’expérience historique du pays en matière électorale. « Notre vécu doit servir de source d’inspiration pour nos dirigeants », conclut-il, en invitant les acteurs politiques, la société civile et les citoyens à participer activement à cette réflexion cruciale pour l’avenir démocratique de la Guinée.

Laguinee.info

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