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Création de la DGE : Réponse d’Alpha Issagha Diallo à Joachim Baba Millimouno, qu’il accuse de contorsion politique

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Alors que la mise en place de la Direction Générale des Élections (DGE) en Guinée remplace progressivement la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), le débat enfle au sein de la classe politique et de la société civile. Dans une récente tribune, Joachim Baba Millimouno, politologue et membre du bureau exécutif de l’UFDG, a salué cette réforme, estimant qu’elle permettrait de corriger les failles structurelles de l’ancien système.

Mais cette lecture ne fait pas l’unanimité. Alpha Issagha Diallo, militant actif et observateur du processus démocratique guinéen, a publié une réplique virulente dans laquelle il démonte point par point les arguments de Joachim Baba Millimouno, qu’il accuse de vouloir « caresser le régime dans le sens du sabre ».

Il ouvre sa tribune par un propos sans concession :

« Il faut parfois user du sécateur quand la langue publique s’enroule dans des ronces d’hypocrisie. À la lecture de la tribune de Joachim Baba Millimouno défendant la création d’une Délégation Générale aux Élections (DGE) pour remplacer la CENI, on hésite entre la pitié pour le sophisme, et l’ironie face à tant de mauvaise foi. »

Pour Alpha Issagha Diallo, la posture de son contradicteur n’est pas dictée par la rigueur intellectuelle, mais par des intérêts personnels :

« Ce monsieur, que l’on a vu jadis dans les périphéries du militantisme citoyen, semble aujourd’hui s’être converti à une religion bien connue chez nous : la chasse au poste. Et comme souvent dans ces cas-là, l’intellectuel se mue en illusionniste, trafiquant la logique pour caresser le régime dans le sens du sabre. »

Un raisonnement bancal ?

L’argument de Joachim Baba Millimouno selon lequel l’inefficacité de la CENI justifie sa suppression, est battu en brèche avec sarcasme par Diallo :

« C’est là le nœud de son raisonnement. Joachim nous sert un syllogisme absurde :

– La CENI avec les partis a échoué.

– Donc, retirons les partis.

– Et tout ira mieux. C’est comme dire qu’un tribunal qui juge mal en présence d’avocats, jugera mieux sans avocats. Quelle contorsion ! Quelle paresse intellectuelle ! Quelle capitulation civique ! »

Une réforme ou un repli autoritaire ?

À ses yeux, l’idée même de remplacer la CENI par une structure « neutre » sans les partis politiques est une manœuvre pour verrouiller le processus électoral au profit du régime actuel. Il parle même d’un « enterrement de la transparence » :

« La Guinée n’a pas besoin d’un lifting institutionnel pour satisfaire les lubies du général-président. Elle a besoin de garanties démocratiques. Et la première, c’est la présence – dans l’organe électoral – des représentants de ceux qui concourent aux élections. »

Et de marteler, accusateur :

« La vérité est brutale : retirer les partis de la DGE, c’est organiser les élections entre soi, pour soi, et par soi. C’est une tricherie préméditée, emballée dans du vocabulaire technocratique. »

Des précédents qui inquiètent

Alpha Issagha Diallo convoque l’histoire récente pour étayer sa méfiance envers cette réforme. Il évoque plusieurs contextes africains et internationaux où l’exclusion des partis du processus électoral a conduit à des dérives graves :

« Guinée, 2010. Première transition, premières illusions. La CENI de l’époque – bien que partiellement pluraliste – n’a pas pu empêcher les manipulations entre le premier et le second tour. Il a fallu des médiations extérieures pour limiter la casse. Et pourtant, les partis étaient encore là. Imagine leur absence. »

Puis, il enchaîne :

« Tchad sous Idriss Déby. Une commission électorale « neutre », entièrement noyautée par les proches du régime. À chaque scrutin, la mascarade était servie : 80% pour le pouvoir, des opposants en exil, des bulletins qui brûlent avant le dépouillement. Le modèle parfait pour les apprentis dictateurs. »

Et d’ajouter :

« Russie de Poutine. La fameuse Commission électorale centrale n’a jamais été contestée… parce qu’elle est totalement verrouillée. On y joue aux élections comme on joue au théâtre : même script, même vainqueur. C’est ce que Joachim nous vend : une démocratie décorative. »

Le contre-exemple des démocraties fonctionnelles

Pour M.Diallo, les vraies démocraties ne suppriment pas les partis des organes électoraux. Elles les y intègrent, justement pour garantir la transparence et l’équilibre des forces :

« Ailleurs, on fait mieux. Partout où ça marche, les partis siègent. Sénégal. La commission électorale autonome permet l’alternance, car les partis y siègent, le pouvoir ne décide pas seul. C’est ainsi que l’opposition peut devenir majorité, et vice-versa. Afrique du Sud. La Commission électorale indépendante est sous contrôle parlementaire pluriel, avec audits, débats publics et presse vigilante. Aucune réforme sérieuse ne supprime les partis du processus. »

Il résume :

« La transparence électorale n’est jamais née de l’exclusion. Elle est le fruit du pluralisme. »

Une junte sans contre-pouvoirs ?

Alpha Issagha Diallo voit dans cette réforme un pas de plus vers l’autoritarisme, surtout dans un contexte de transition militaire :

« Dans quel pays du monde une junte militaire dissout les partis, réprime les opposants, suspend les libertés, et demande ensuite à ce qu’on lui confie seule l’organisation des élections ? Réponse : dans un pays en route vers la dictature. »

Et il dénonce l’attitude de certains intellectuels qu’il accuse de jouer les griots du pouvoir :

« Et quand des intellectuels comme Joachim Baba Millimouno deviennent les griots de cette dérive, on comprend pourquoi la Guinée patine : ce ne sont pas les militaires qui manquent, ce sont les courageux qui fuient. »

Une conclusion au scalpel

L’article s’achève sur une charge finale, à la fois politique et morale :

« Joachim, tu ne proposes pas une réforme. Tu proposes une mise en bière. Tu ne veux pas garantir la transparence. Tu veux garantir à tes maîtres une victoire sans témoin. Ce que tu appelles ‘DGE’, c’est une CENI sans conscience, sans contradiction, sans colonne vertébrale. Un guichet électoral pour autocrates en mal de légitimité. Mais nous serons là. Pour observer. Pour dénoncer. Pour témoigner. Et surtout, pour nommer ceux qui, comme toi, veulent faire taire la voix du peuple. »

 

Laguinee.info

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