À Boké, la préparation de la fête de Tabaski est rythmée cette année par une flambée des prix des moutons. Une situation qui ravive les tensions entre vendeurs, acheteurs et un État absent de la régulation du marché.

À la veille de la Tabaski, les marchés à bétail de la région affichent complet. Pourtant, l’effervescence religieuse habituelle est teintée d’inquiétude : le prix du mouton s’est envolé, atteignant des sommets rarement égalés. Entre 1,7 million et 5 millions de francs guinéens pour une seule bête. De quoi transformer un acte de foi en casse-tête budgétaire.

Vendeurs sous pression, prix sous tension
Du côté des vendeurs, l’explication est toute trouvée : le transport. Alpha Oumar Sow, commerçant de bétail, dédouane sa profession.
« Nous partons jusqu’à Gaoual et Koundara pour acheter les moutons. Le transport est très cher. Si on ne vend pas avec bénéfice, on abandonne », se défend-il.
Un argument qui revient souvent : les marges seraient minces, les contraintes logistiques lourdes. Mais pour les acheteurs, ces justifications ne suffisent pas à faire passer la pilule.
Des acheteurs déboussolés
Sur le terrain, la grogne monte. Plusieurs clients rencontrés estiment que les prix ont bel et bien augmenté par rapport à l’année précédente, malgré les affirmations contraires des commerçants.
« J’ai 1,5 million et je ne peux même pas avoir un mouton moyen. C’est frustrant », lâche un père de famille, visiblement dépassé par les prix affichés.

Un autre client va plus loin et questionne la liberté totale du marché :
« Ces moutons sont nés ici. Pourquoi coûtent-ils aussi cher ? Chacun fixe ses prix sans contrôle. L’État ne peut pas laisser faire. »
Une régulation fantôme
Dans ce climat de tensions, une absence se fait particulièrement sentir : celle de l’État. Aucune mesure d’encadrement des prix n’est annoncée, aucun dispositif d’allègement pour les familles modestes, pourtant nombreuses dans la région.
Pendant ce temps, les vendeurs se frottent les mains. Alpha Oumar Sow confie avoir écoulé la majorité de ses bêtes : sur plus de 3 000 têtes, seules quelques-unes restent en cette veille de fête.
Tabaski 2025 : le symbole d’un déséquilibre
La fête de la Tabaski, temps de foi, de partage et de sacrifice, révèle aussi chaque année les fractures sociales. Cette édition 2025 à Boké ne fait pas exception. Le mouton, censé rassembler les familles autour de la tradition, devient un marqueur de l’inégalité d’accès aux rites religieux.
Alors que certains sacrifieront un animal de plusieurs millions, d’autres devront renoncer, faute de moyens. Une réalité qui interroge, dans un pays où le spirituel côtoie de plus en plus l’économique sans toujours trouver de juste équilibre.
IAC, pour Laguinee.info







