La subvention de 3 milliards de francs guinéens que l’État alloue chaque année aux médias continue de susciter la controverse. Montant jugé insuffisant, critères de répartition opaques, effets limités sur les conditions de travail des journalistes : les critiques ne faiblissent pas. Dernière voix en date à s’élever, celle du Dr Mamadi Yaya Cissé, enseignant-chercheur et Directeur général adjoint chargé des études à l’ISIC de Kountia, qui propose un changement de paradigme.
L’universitaire remet frontalement en cause la forme actuelle de l’aide publique à la presse, qualifiée d’« aide directe ». Selon lui, ce mode de soutien, basé sur une répartition globale entre fondateurs d’organes de presse, porte atteinte à l’indépendance journalistique. « Tant que la presse continue de recevoir de l’argent ailleurs, elle ne peut être indépendante », avertit-il.
Pour Dr Cissé, l’État, en finançant directement les entreprises de presse, devient de fait un prescripteur d’information. « D’être donneurs d’argent et donneurs d’ordre. Parce que celui qui te donne l’argent pour publier l’information, il te dira quel genre d’information il faut publier », tranche-t-il, dénonçant un lien malsain entre pouvoir financier et ligne éditoriale.
Mais l’inquiétude ne s’arrête pas à la dépendance. Il pointe également une injustice dans la redistribution de cette manne publique. Selon ses observations, l’argent versé par l’État ne profite pas aux principaux acteurs de la chaîne de production de l’information. « On donne des montants aux fondateurs. Et puis le monsieur, il va à la banque, il prend l’argent, il met en poche. Maintenant, il y a des journaliers qui sont là, qui ne sont pas payés. Il y a des stagiaires qui font l’essentiel du boulot, qui ne sont pas payés. Il y a des équipements qui manquent à la rédaction », détaille-t-il.
Pour y remédier, il appelle à un passage à l’« aide indirecte ». Un modèle basé, non plus sur des enveloppes forfaitaires, mais sur les besoins réels des rédactions : salaires, équipements, outils techniques. « Là, on finira par rentabiliser, n’est-ce pas, les efforts financiers de l’État », soutient-il, plaidant pour une approche plus équitable et plus efficace.
Cette proposition relance le débat sur la pertinence des politiques publiques en matière de soutien à la presse en Guinée. Elle interroge aussi la capacité de l’État à impulser des réformes structurelles pour une presse plus autonome, plus professionnelle, et véritablement au service du public.
IAC, pour laguinee.info







