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Défis de la presse guinéenne : diagnostic et solutions de Dr Mamady Yaya Cissé, DGA/E de l’ISIC de Kountia

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Dans un paysage médiatique bousculé par la révolution numérique et fragilisé par des contraintes structurelles, la presse guinéenne peine à trouver ses marques. Face à cette situation préoccupante, Dr Mamady Yaya Cissé, Directeur général adjoint chargé des études à l’Institut Supérieur de l’Information et de la Communication (ISIC) de Kountia, propose une série de réformes profondes. Objectif : bâtir une presse plus professionnelle, viable et respectée.

Une mutation technologique mal maîtrisée

À l’origine des difficultés, Dr Cissé pointe la transition numérique, qui a bouleversé les habitudes de consommation de l’information sans que les médias guinéens aient pu pleinement s’y adapter. Dans ce nouvel écosystème dominé par la rapidité, la rentabilité et la surabondance de contenus, nombre de rédactions souffrent d’un manque d’outils, de formation et de moyens. Résultat : une perte de repères, un affaiblissement de la qualité et une précarisation accrue des professionnels du secteur.

Formation : la priorité absolue

Pour l’Enseignant, aucun redressement n’est possible sans un investissement massif dans la formation. « Il faut former les journalistes, il faut former les gestionnaires des médias, il faut former les techniciens », insiste-t-il.

Cette formation, selon lui, doit être technique mais aussi stratégique : apprendre à produire une information de qualité, à innover dans les formats, à comprendre les enjeux économiques des médias. Il s’agit de doter les acteurs du secteur de compétences leur permettant non seulement de produire du contenu, mais aussi de le valoriser dans un marché concurrentiel.

Il va plus loin : « Pour rentabiliser un média, il faut y intégrer une valeur ajoutée. Et cette valeur, c’est la formation qui l’apporte. »

Des aides de l’État jugées dérisoires

Autre frein majeur au développement de la presse guinéenne : le manque de soutien financier. Chaque année, l’État accorde une subvention globale de trois milliards de francs guinéens aux médias. Une somme dérisoire selon Dr Cissé, au regard du nombre de structures bénéficiaires et des besoins réels.

« Ce montant ne suffit même pas à assurer la survie de certaines rédactions pendant un trimestre », affirme-t-il. Pour enclencher un changement durable, il propose une augmentation drastique de cette enveloppe : « Si on accorde aujourd’hui 30 milliards par an aux médias, ce n’est pas encore suffisant. Mais ça leur permettra au moins d’être un peu autonomes. »

La convention collective, entre oubli et refus d’application

Au-delà de la question financière, c’est la dignité des journalistes qui est en jeu. Le professionnel des médias déplore le non-respect quasi systématique de la convention collective par de nombreux patrons de presse. Cette convention, pourtant conçue pour encadrer les relations de travail et garantir des droits fondamentaux aux journalistes, est bien souvent ignorée.

« Il y a des télévisions où l’on annonce 30 employés. Mais quand on vérifie, seulement 5 sont régulièrement payés. Les autres travaillent sans rémunération stable », dénonce-t-il. Pour lui, ce laxisme n’est pas seulement une injustice sociale, c’est aussi un obstacle à la professionnalisation du secteur.

Transformer les organes de presse en véritables entreprises

Mais le chantier le plus ambitieux reste celui de la restructuration du paysage médiatique. Il appelle à en finir avec les structures informelles ou familiales, souvent montées sans réelle organisation, et à les remplacer par de véritables entreprises de presse.

« Le professionnalisme ne peut exister que si les médias fonctionnent comme des entreprises, avec une direction, une gestion, des ressources humaines, un plan de développement », affirme-t-il.

Cette transformation impliquerait des obligations claires : formalisation des contrats, paiement régulier des salaires, transparence dans la gestion, développement de modèles économiques viables. Une mutation certes complexe, mais indispensable à ses yeux.

Une vision pour une presse responsable

Au-delà des constats, les propositions de l’ancien présentateur à la Radiodiffusion guinéenne, traduisent une vision globale : celle d’une presse guinéenne moderne, autonome et socialement responsable. Une presse capable de se hisser aux standards internationaux tout en répondant aux besoins spécifiques du public guinéen.

Ces réformes, insiste-t-il, ne sont pas un luxe, mais une nécessité. Car dans un monde où l’information est devenue une arme, un pilier de la démocratie et un levier de développement, il est impératif que la presse guinéenne joue pleinement son rôle.

Entre urgence et espoir

Le diagnostic posé par Dr Cissé est sévère, mais lucide. Et ses propositions, ambitieuses mais réalisables. À condition, toutefois, que les autorités publiques, les responsables de médias et les professionnels eux-mêmes acceptent de sortir de l’immobilisme. Car sans réformes structurelles, la presse guinéenne risque de s’enfoncer davantage. Avec, à la clé, un appauvrissement de la démocratie et de l’esprit critique.

La balle est désormais dans le camp des décideurs.

 

IAC, pour Laguinee.info 

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