L’annonce de la date du référendum constitutionnel en septembre prochain continue de susciter de vives réactions. Du côté de l’opposition, le doute persiste quant à la volonté réelle du Conseil National du Rassemblement pour le Développement (CNRD) d’organiser une transition démocratique.
Souleymane Souza Konaté, conseiller en communication de Cellou Dalein Diallo, principal opposant, s’insurge : « Depuis des mois, nous assistons avec une inquiétude croissante à la dérive autoritaire du CNRD et à sa volonté manifeste de confisquer le pouvoir, au mépris des principes démocratiques les plus élémentaires. »
Un processus électoral biaisé ?
L’annonce d’un référendum constitutionnel, loin d’être un pas vers la normalisation, s’apparente à une manœuvre de diversion destinée à masquer l’absence de toute intention réelle d’organiser des élections libres, transparentes et inclusives.
Selon M. Konaté, « La stratégie du CNRD repose sur un enchaînement de contradictions, de revirements et de tactiques dilatoires visant à gagner du temps pour imposer un processus électoral biaisé, garant de son maintien au pouvoir. »
À ce jour, plusieurs conditions essentielles à l’organisation d’élections crédibles restent absentes :
- Une nouvelle Constitution qui fasse consensus
- Un fichier électoral fiable
- Un organe de gestion indépendant
Une transparence minimale sur le processus
Toutes ces lacunes rendent ce projet non seulement illégitime, mais dangereux pour la stabilité du pays selon l’opposition.
Le spectre des crises électorales passées
L’histoire récente de la Guinée a montré que toute gestion unilatérale des élections conduit inévitablement à des crises majeures, marquées par la contestation des résultats et des violences aux conséquences humaines, matérielles et économiques désastreuses.
Le conseiller en communication de Cellou Dalein Diallo alerte : « L’annonce précipitée de cette date n’est rien d’autre qu’un artifice de communication, une tentative désespérée de redorer l’image du général Mamadi Doumbouya, de plus en plus décrié pour ses reniements successifs et son mépris des engagements pris devant le peuple et la communauté internationale. »
Un fichier électoral contesté
Le fichier électoral est un autre point de crispation. L’opposition rappelle que celui utilisé lors de la présidentielle du 18 octobre 2020 avait été validé par l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) et la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Il aurait pu être mis à jour en radiant les électeurs décédés et en intégrant les nouveaux inscrits.
Pourtant, le CNRD a choisi d’imposer un Recensement Administratif à Vocation d’État Civil (RAVEC), une initiative décriée. « Après des mois d’échecs, marqués par l’amateurisme et l’incapacité à rémunérer les agents recenseurs, la junte a fini par abandonner le RAVEC pour imposer un recensement biométrique dans un délai irréaliste – une décision qui ne peut mener qu’au chaos et à la fraude. »
De plus, l’exclusion des partis politiques des commissions de recensement est perçue comme une volonté manifeste d’opacité et de manipulation du processus.
Un MATD sous contrôle militaire
Autre point d’inquiétude : le rôle du ministère de l’Administration du Territoire et de la Décentralisation (MATD), aujourd’hui militarisé. Ce département, autrefois en charge de l’organisation des élections, est désormais un instrument au service du pouvoir, avec des responsables entièrement nommés par la junte.
M. Konaté souligne : « Gouverneurs, préfets, sous-préfets, présidents de délégations spéciales, chefs de quartiers et de districts : tous ont été nommés par la junte, en violation flagrante des lois nationales et des engagements internationaux de la Guinée. Ce même ministère a déjà été impliqué par le passé dans des fraudes électorales massives. »
Face à ces dérives, l’opposition exige un retour aux fondamentaux démocratiques.
Un appel à la transition responsable
Pour l’opposition, la priorité doit être de garantir des élections crédibles plutôt que d’organiser un référendum controversé.
« Le général Mamadi Doumbouya doit mettre un terme à cette supercherie. Il est impératif d’abandonner ces manœuvres dilatoires et de revenir aux fondamentaux d’une transition responsable : assurer la gestion courante de l’État et organiser des élections crédibles. » conclut Souleymane Souza Konaté.
Laguinee.info