vendredi, avril 4, 2025
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Grâce accordée à Moussa Dadis : Ses avocats parlent enfin!

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L’annonce de la grâce présidentielle accordée à l’ex-président de la transition, le capitaine Moussa Dadis Camara, après sa condamnation à 20 ans de prison pour son implication dans le massacre du 28 septembre 2009, a provoqué un véritable tollé. Tandis que de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer cette décision, Maître Dinah Sampil, l’avocat de Dadis Camara, a pris la parole pour défendre cette mesure et remettre les pendules à l’heure. Dans un entretien exclusif accordé à Africaguinee.com ce mercredi 2 avril 2025, l’ancien bâtonnier s’est fermement opposé aux critiques et a livré un véritable cours de droit sur la légalité et la portée de cette décision.

La Grâce présidentielle : Une prérogative légale

Interrogé par nos confrères sur sa réaction face à la grâce accordée à son client, Maître Dinah Sampil a rappelé qu’il s’agissait d’une prérogative du chef de l’État. « La grâce présidentielle est un pouvoir discrétionnaire qui s’exerce conformément à la loi qui l’organise. Ce pouvoir permet au président d’exempter un condamné de l’exécution de sa peine, sans annuler la condamnation elle-même. Beaucoup de gens confondent la peine et la condamnation, mais la loi est claire : tant qu’une loi d’amnistie n’est pas promulguée, la condamnation reste attachée à celui qui l’a écopée », a-t-il expliqué.

L’avocat a ensuite rappelé que son rôle n’était pas d’exempter son client de toute condamnation, mais de veiller à ce que seule la loi soit appliquée. « La clémence du président n’est qu’un exercice de son droit constitutionnel. Si ce dernier décide de gracier Dadis, il n’a fait qu’agir dans les limites de ses prérogatives », rapporte notre source.

L’avocat a insisté sur le fait que cette grâce permet à son client de retrouver la liberté, tout en soulignant que la condamnation pour les événements du 28 septembre 2009 reste valide.

Réponse aux critiques sur la procédure d’appel

Le débat autour de la grâce a également porté sur le fait qu’une procédure d’appel était toujours en cours. De nombreux avocats et défenseurs des droits humains jugent cette mesure anticipée et même illégale. Sur ce point, Maître Sampil a mis les choses au clair : « Chacun parle sans maîtriser le dossier. La grâce porte sur la peine, pas sur la condamnation. Même si un appel a été interjeté, cela n’empêche pas le chef de l’État d’exercer son droit de grâce. La Cour d’Appel peut toujours statuer sur le fond du dossier, mais la grâce suspend uniquement l’exécution de la peine », a-t-il souligné. L’avocat a ajouté que, contrairement à ce qui est souvent véhiculé, aucune loi n’a été violée. « On parle de violation de la loi, mais personne ne cite d’articles précis du Code pénal ou de la Constitution. Le droit est une matière précise, surtout en matière pénale », a-t-il martelé.

Les raisons médicales invoquées pour la grâce

Lorsque la question des raisons médicales derrière la grâce a été soulevée, Maître Sampil a précisé : « Je ne suis pas médecin, mais il est évident que si la grâce a été accordée pour des motifs de santé, cela doit être sur la base d’avis d’experts. Rappelons que Dadis a été blessé à la tête par balle, ce qui fait de lui un convalescent. Le président de la République prend de telles décisions avec sérieux, et il est évident qu’il n’a pas agi à la légère. »

Les réactions des organisations internationales

Les critiques concernant la grâce ne se sont pas limitées à la Guinée. Plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, telles que l’OGDH, la FIDH, Human Rights Watch, ainsi que l’ONU, ont exprimé leur désapprobation et demandé la suspension de cette mesure. À ce sujet, Maître Sampil a réagi vigoureusement : « Ceux qui s’agitent ne connaissent pas le dossier. Ils se concentrent sur la forme plutôt que sur le fond. La condamnation demeure intacte, seule l’exécution de la peine a été suspendue. En quoi cela remet-il en cause la justice ? » Il a insisté sur le fait que les victimes du massacre du 28 septembre 2009 ont toujours la possibilité de demander réparation, et que la condamnation, qui inclut les indemnisations, reste en place.

La grâce comme un acte d’apaisement

Maître Dinah Sampil a également abordé la question de l’impact de cette grâce sur la réconciliation nationale : « Je pense que cette mesure vise à apaiser les tensions et à encourager le pardon. Le processus judiciaire, qui a déjà mené à des condamnations, a déjà contribué à la réconciliation. La décision de grâce s’inscrit dans un esprit d’unité et de reconstruction pour la Guinée », a-t-il estimé. Selon lui, il est primordial de comprendre que la réconciliation nécessite parfois des gestes de magnanimité.

Un élargissement de la grâce ?

Enfin, concernant la possibilité que cette grâce soit étendue à d’autres condamnés dans le cadre du dossier du 28 septembre, Maître Sampil a précisé qu’il ne pouvait pas spéculer sur les décisions du chef de l’État. « En tant qu’avocat, je défends les droits de mes clients. Si d’autres condamnés peuvent bénéficier de la grâce, je n’y vois aucun inconvénient. Mais cela reste une décision qui relève du chef de l’État », a-t-il conclu.

 

Laguinee.info

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