Une vive tension secoue le district de Bissandougou, dans la préfecture de Kankan, où un conflit oppose agriculteurs et éleveurs transhumants venus du Mali. En signe de protestation contre l’installation de ces éleveurs, accusés de ravager leurs cultures, un groupe de femmes en colère a investi ce lundi la résidence du préfet, le Général Kandia Mara.
Des cultures ravagées, une colère qui monte
Vêtues de foulards rouges en signe de révolte, ces manifestantes dénoncent les dégâts causés par les troupeaux étrangers, accusés de saccager les récoltes. Elles réclament le départ des éleveurs maliens et la libération de plusieurs membres de leur communauté, dont le Sotikemo (chef coutumier), arrêtés par les autorités locales.
L’une des femmes témoigne :
« Ce sont les Peulhs maliens qui nous fatiguent avec leurs bœufs ! Cela fait plus de quatre ans que nous leur disons que nous ne voulons pas de troupeaux ici. L’année dernière, leurs bœufs ont dévasté nos rizières. Un jugement avait ordonné qu’ils nous indemnisent à hauteur de 1 800 000 GNF, mais ils n’ont jamais payé. Cette année encore, ils recommencent, et la nuit, ils lâchent leurs bœufs dans nos champs. »
Une autre femme renchérit, pointant du doigt l’inaction des autorités locales :
« Nous sommes allées voir le sous-préfet à plusieurs reprises, mais il ne fait rien ! Nous avons appris qu’il reçoit de l’argent des éleveurs pour taire l’affaire. Devant cette injustice, on nous a donné le feu vert pour tuer les bœufs en divagation. Nous en avons abattu quatre, mais hier, le sous-préfet est venu arrêter notre Sotikemo et d’autres villageois. C’est pourquoi nous nous révoltons aujourd’hui ! »
L’intervention du préfet
Face à la tension grandissante, le préfet de Kankan, le Général Kandia Mara, a réagi en appelant au calme. Il a rappelé l’interdiction de la transhumance décidée par les autorités guinéennes et a promis de trouver une solution pacifique au conflit.
« Nous avons interdit la transhumance à cause de la situation agricole actuelle. Mais un grand troupeau a traversé la sous-préfecture de Tintinwoulen en provenance de Kérouané. Cela a provoqué la colère des habitants, qui se sont rendus justice en abattant des bœufs et en emportant de la viande. Nous avons dépêché le sous-préfet et le président de la délégation spéciale pour enquêter, mais ils ont été confrontés à une foule déterminée à empêcher toute intervention des autorités. »
Le préfet a tenu à rassurer les manifestantes :
« Les personnes convoquées à Kankan n’ont pas été incarcérées. Elles ont simplement été invitées à s’expliquer. Je vais remettre les éléments arrêtés à leur communauté, et nous allons trouver une solution définitive. Mais j’insiste sur le fait que personne ne doit se rendre justice soi-même. »
Un apaisement en vue ?
À l’issue de cette déclaration, les manifestantes ont exprimé leur soulagement et remercié les autorités pour leur engagement à résoudre le conflit.
Selon les dernières informations, une approche de règlement a été trouvée entre les parties concernées. Reste à voir si cette solution sera durable ou si les tensions referont surface dans les prochains mois.
De Kankan, Karifa Kansan Doumbouya pour Laguinee.info