jeudi, avril 3, 2025
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Kissidougou : « Ici, dès qu’un journaliste dénonce, il est convoqué et sermonné », Adam Doumbouya

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À Kissidougou, dénoncer la mauvaise gestion de l’électricité peut coûter cher. Adam Doumbouya, journaliste et fonctionnaire à la Direction préfectorale de la Jeunesse, en a fait l’amère expérience. Après avoir critiqué sur Facebook la gestion locale de l’EDG et le silence des autorités, il a vu son salaire bloqué par le préfet et subit depuis des menaces.

Quand informer devient un danger

Adam Doumbouya n’est pas qu’un simple fonctionnaire : il est aussi journaliste. Et comme tout journaliste, il estime avoir le devoir d’informer. « Depuis le changement de directeur d’EDG, la situation ne fait qu’empirer. Coupures incessantes, surfacturation, aucune intervention des autorités », décrit-il.

Mais ce qui le choque le plus, c’est la solution trouvée par les autorités locales. Lors d’une réunion avec le préfet, le maire et le directeur d’EDG, la décision tombe : au lieu de trois jours d’électricité par semaine, ce sera désormais deux. « Ils ont convoqué tout le monde pour nous faire avaler cette pilule. J’ai trouvé cela inacceptable, alors j’ai écrit sur Facebook », raconte-t-il.

Le message  qui lui vaut cette situation est simple : « Le pays bouge avec les NRD. Mais à Kissidougou, l’EDG, le maire et le préfet ne sont pas dans l’esprit du CNRD. »

Sanction express : un salaire bloqué en quelques minutes

Le lendemain, la réplique ne se fait pas attendre. Convoqué dans le bureau du préfet en présence de plusieurs cadres, Adam Doumbouya est sommé de s’expliquer. « Ils m’ont blâmé comme d’habitude. Ici, dès qu’un journaliste dénonce, il est convoqué et sermonné« , témoigne-t-il.

Mais cette fois, les conséquences sont immédiates. « À ma grande surprise, le chargé de clientèle de ma banque m’a informé qu’il venait de recevoir une lettre ordonnant le blocage de mon salaire. Tout cela en quelques minutes, sur simple ordre du préfet« , dénonce-t-il.

Menaces et accusations de subversion

Comme si cela ne suffisait pas, les intimidations s’enchaînent. Accusé de vouloir organiser des manifestations clandestines, Adam Doumbouya se retrouve dans le viseur des autorités. « Ils disent que je rassemble des jeunes pour manifester, alors que je suis simplement chargé de communication du Mouvement de soutien aux idéaux et actions du Général », précise-t-il.

Le journaliste-fonctionnaire se retrouve donc dans une impasse : sans salaire, sous pression et accusé de sédition. « Même mes enfants sont malades, et en plein mois de ramadan, on me prive de mon salaire. C’est toujours comme ça ici », lâche-t-il, amer.

Un climat de répression persistant

Ce qui arrive à Adam Doumbouya est symptomatique d’un climat où la liberté d’expression reste fragile. En Guinée, les voix dissidentes sont vite étouffées par des pressions administratives et des sanctions arbitraires.

Pendant ce temps, à Kissidougou, l’électricité continue de manquer. Mais cette fois, ce n’est plus seulement la lumière qui s’éteint, c’est aussi le droit de parler.

Laguinee.info

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