Il fut un temps où la CEDEAO se voulait le garant de la stabilité et de la démocratie en Afrique de l’Ouest. Aujourd’hui, elle peine à masquer ses contradictions, accumule les humiliations et se fait claquer la porte au nez par ceux-là mêmes qu’elle a soutenus hier. Son dernier échec en Guinée-Bissau en est l’illustration parfaite : une mission politique envoyée pour aider à organiser des élections, mais qui repart précipitamment après avoir été menacée d’expulsion par le président Umaro Sissoco Embaló.
Ironie du sort, c’est le même Embaló que la CEDEAO avait adoubé en 2019, malgré les controverses entourant son élection. C’est aussi lui qu’elle avait désigné pour jouer au médiateur dans la crise politique en Guinée, alors même qu’il peine à gérer la sienne. Aujourd’hui, il jette l’organisation hors de son pays en lui signifiant que ses affaires internes ne la concernent pas. À ce stade, on ne sait plus s’il faut en rire ou en pleurer.
Un énième revers pour une CEDEAO en perte d’autorité
La scène en dit long sur l’état actuel de la CEDEAO : un syndicat de chefs d’État qui prétend défendre la démocratie là où ça l’arrange, mais qui est incapable d’imposer une quelconque autorité à ses propres membres. Umaro Sissoco Embaló avait promis de ne pas briguer un autre mandat, mais il a tout de même modifié les règles du jeu en s’octroyant neuf mois supplémentaires au pouvoir. Une violation flagrante de la constitution de son pays, mais la CEDEAO n’a pas levé le petit doigt.
Pourquoi cette indulgence ? Parce que la CEDEAO ne fonctionne qu’à géométrie variable. Lorsqu’il s’agit d’un allié du système en place, elle ferme les yeux sur les tripatouillages. Mais face aux régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, elle se transforme en donneuse de leçons et menace même d’envoyer des troupes pour restaurer l’« ordre constitutionnel ». Une posture qui lui a explosé en plein visage.
L’épisode humiliant des juntes militaires du Sahel
Rappelons-nous : en 2023, la CEDEAO frappait du poing sur la table après le coup d’État au Niger. Elle multipliait les sommations, parlait d’une intervention militaire imminente pour déloger les putschistes, jurait que la démocratie triompherait.
Le Mali et le Burkina Faso ont aussitôt réagi : « Toucher au Niger, c’est nous déclarer la guerre. » La CEDEAO a alors compris qu’elle n’avait ni la force ni le courage de mettre ses menaces à exécution.
Résultat ? Non seulement les trois pays ont maintenu leurs régimes militaires, mais ils sont allés plus loin : ils ont quitté la CEDEAO et fondé l’Alliance des États du Sahel (AES). Un véritable camouflet pour une organisation qui voulait punir les « mauvais élèves » et qui se retrouve aujourd’hui amputée d’une partie de sa zone d’influence.
Quand la CEDEAO signe sa propre déchéance
En s’acharnant contre les régimes militaires du Sahel tout en fermant les yeux sur les dérives des présidents élus, la CEDEAO a signé son propre arrêt de mort. Elle est aujourd’hui incapable de faire respecter ses propres principes et n’inspire plus le respect ni chez les peuples, ni chez certains dirigeants.
Comment peut-elle se prétendre championne de la démocratie alors qu’elle cautionne des présidents qui s’accrochent au pouvoir en modifiant les constitutions ? Comment peut-elle critiquer la gestion des putschistes alors qu’elle accepte sans broncher qu’Umaro Sissoco Embaló proroge son mandat en toute illégalité ?
Si elle n’opère pas un changement profond dans sa manière de fonctionner, la CEDEAO risque de devenir une coquille vide, un simple club de dirigeants déconnectés des réalités de leurs peuples. Car aujourd’hui, elle ne protège plus la démocratie, elle protège ses propres intérêts.
L’affaire de la Guinée-Bissau n’est pas qu’un simple accroc diplomatique. C’est un symptôme d’une organisation en déclin, qui peine à imposer son autorité et qui perd chaque jour un peu plus de sa pertinence.
Laguinee.info





