vendredi, avril 4, 2025
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Santé publique en Guinée : le Comité anti-contrefaçon dresse son bilan après un an de travail

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Le Comité Technique National de Lutte contre les Pratiques Médicales et Paramédicales Illégales, le Trafic et la Contrefaçon des Médicaments et autres Produits de Santé, créé en 2022 par le ministère de la Santé et de l’Hygiène Publique, vient de dresser le bilan de sa première année d’activités. Lors d’une conférence de presse tenue à Conakry, en présence des autorités sanitaires, les résultats obtenus, les défis rencontrés et les perspectives de cette lutte essentielle pour la santé publique ont été exposés avec clarté.

Un comité stratégique pour un enjeu de santé publique

La prolifération des structures médicales clandestines et la circulation de médicaments contrefaits constituent une menace majeure pour la santé des populations guinéennes. Face à ce constat alarmant, le gouvernement guinéen a institué ce comité technique national avec pour mission de réprimer ces pratiques illicites et d’assainir le secteur de la santé.

Trois axes majeurs d’intervention

Le comité s’est vu confier trois missions fondamentales :

  1. Identifier et fermer les structures médicales et paramédicales non conformes : il s’agit de détecter les établissements fonctionnant sans autorisation ou ne respectant pas les normes sanitaires en vigueur.
  2. Coordonner les actions d’investigation administrative et judiciaire : une collaboration étroite est mise en place avec les autorités compétentes pour remonter les filières de contrefaçon et démanteler les réseaux impliqués.
  3. Poursuivre et sanctionner les contrevenants : en partenariat avec le parquet de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF), les responsables des infractions sont traduits devant la justice afin d’instaurer un cadre répressif efficace.

Un an d’actions sur le terrain : un bilan contrasté

Après douze mois d’opérations intensives, le comité a mené un travail considérable pour freiner l’essor des pratiques médicales frauduleuses et des médicaments de contrefaçon.

Le contrôle des structures médicales privées

Une vaste campagne d’inspection a permis d’évaluer 130 établissements privés sur l’ensemble du territoire national. Le bilan est sans appel :

  • 64 structures ont été jugées conformes aux normes sanitaires et réglementaires.
  • 66 établissements ont été fermés pour divers manquements : absence de licence, conditions d’hygiène insuffisantes, personnel non qualifié ou utilisation de médicaments prohibés.

Ces fermetures témoignent de l’ampleur du phénomène des cliniques clandestines, où des individus sans qualification médicale exercent des actes mettant en péril la vie des patients.

La saisie et la destruction de médicaments contrefaits

Le trafic de faux médicaments représente un fléau particulièrement préoccupant en Guinée. Ces produits, souvent issus de réseaux internationaux de contrefaçon, sont vendus sur les marchés et dans des boutiques sans contrôle pharmaceutique.

Grâce aux opérations menées par le comité, plus de 200 conteneurs de médicaments falsifiés ont été saisis et incinérés au Port Autonome de Conakry et dans le célèbre marché de Madina, épicentre du commerce informel de produits pharmaceutiques.

Les dangers des médicaments contrefaits

L’existence de ces produits sur le marché guinéen constitue un danger sanitaire d’une gravité extrême. Selon le Capitaine Aly Badara Camara, médecin légiste et président du comité, deux principaux risques sont associés à ces médicaments frauduleux :

  1. Le sous-dosage : le principe actif est insuffisant ou absent, rendant le traitement inefficace et permettant à la maladie de progresser. Cette situation est particulièrement dramatique pour les infections nécessitant un traitement antibiotique, car elle favorise l’émergence de résistances bactériennes.
  2. Le surdosage : la concentration en substances actives dépasse les seuils autorisés, rendant le médicament toxique. Cela peut entraîner de graves effets secondaires, notamment des lésions hépatiques et rénales, augmentant ainsi les cas d’insuffisance rénale chronique observés dans les centres de dialyse.

« De nombreux jeunes patients développent aujourd’hui des insuffisances rénales liées à la consommation abusive de médicaments non contrôlés, notamment des anti-inflammatoires », a alerté le Capitaine Camara.

Les obstacles rencontrés dans cette lutte

Malgré ces avancées significatives, plusieurs défis freinent encore l’éradication des pratiques illégales dans le domaine médical et pharmaceutique en Guinée.

  1. Une sensibilisation insuffisante de la population : de nombreux Guinéens, par méconnaissance ou par contrainte économique, continuent d’acheter des médicaments dans des circuits informels, ignorant les risques encourus.
  2. L’implication de certains professionnels de santé : des praticiens peu scrupuleux alimentent ce commerce en fournissant des prescriptions complaisantes ou en exerçant sans respecter les normes établies.
  3. L’ampleur des réseaux de contrebande : la Guinée est une plaque tournante du trafic de médicaments falsifiés, en raison de la porosité de ses frontières et de la corruption qui gangrène certains circuits d’importation.
Les perspectives pour les années à venir

Conscient que la lutte ne peut s’arrêter à ces premières actions, le comité a défini un ensemble de mesures stratégiques pour renforcer son efficacité dans les prochaines années.

1. Déploiement d’unités régionales et locales

Afin d’intensifier les contrôles dans l’ensemble du pays, des sous-comités régionaux, préfectoraux et sous-préfectoraux seront mis en place. L’objectif est d’assurer une surveillance plus décentralisée et réactive, en identifiant les points de vente illicites dès leur apparition.

2. Renforcement de la collaboration avec la justice

Une coopération accrue avec la Direction des Investigations Judiciaires de la Gendarmerie Nationale et le parquet général de la CRIEF permettra d’engager des poursuites judiciaires plus systématiques contre les trafiquants et les exploitants illégaux.

3. Campagnes de sensibilisation renforcées

Il est impératif d’éduquer la population sur les dangers des médicaments de contrefaçon et des structures de soins non conformes. Des campagnes médiatiques et des sessions de sensibilisation seront mises en œuvre pour encourager un recours exclusif aux circuits de santé autorisés.

Un combat déterminant pour la santé publique

En une année d’existence, le Comité Technique National de Lutte contre les Pratiques Médicales et Paramédicales Illégales et la Contrefaçon des Médicaments a démontré sa détermination à éradiquer un problème de santé publique majeur en Guinée. Toutefois, les défis restent nombreux et nécessitent une mobilisation continue des autorités, des professionnels de santé et des citoyens.

L’accès à des soins médicaux sécurisés et à des médicaments authentiques est un droit fondamental. Cette lutte, bien qu’ardue, est indispensable pour garantir la protection et le bien-être des populations guinéennes.

IAC, pour Laguinee.info 

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