jeudi, avril 3, 2025
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Les scribouillards : la dernière race de mercenaires du stylo

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En Guinée, il existe une race particulière de journalistes : les scribes à gages, les mercenaires du stylo, les sauveurs de dernière minute. Leur spécialité ? Voler au secours des « grands » dès qu’un vent judiciaire souffle un peu trop fort sur leurs magouilles. Un détournement révélé ? Une convocation par un juge ? Un début de scandale ? Pas de panique, ces « petits » se chargent de tout.

Et ils sont rapides, ces braves soldats de la plume ! En quelques heures, des tribunes surgissent comme des champignons après la pluie. « Acharnement judiciaire ! », « Un fils digne du pays persécuté ! », « Un homme intègre victime d’une cabale ! » Les titres sont pompeux, les arguments creux, les accusations risibles. On nous sert toujours la même soupe, réchauffée à chaque affaire.

Le suspect devient soudain un héros. Un visionnaire. Un patriote incompris, jalousé pour son génie, traqué par des forces occultes. Les mots pleuvent comme des billets de banque : « homme de conviction », « bâtisseur infatigable », « bienfaiteur du peuple ». À les lire, on croirait que la Guinée vient de perdre un prophète.

Mais qui sont ces plumes miraculeuses ? Des journalistes en quête de vérité ? Non. Des moralistes guidés par l’éthique ? Surtout pas. Ce sont les « petits », ces scribouillards affamés, élevés au sein d’un système où la loyauté se mesure en enveloppes. Leur plume ne sert ni la vérité ni la justice, mais leur propre estomac. Tant que le protecteur arrose, ils écrivent. Et ils écrivent bien, avec une ferveur qui ferait rougir un militant convaincu.

Mais le plus drôle dans cette comédie, c’est l’amnésie collective qui l’accompagne. Car les mêmes qui chantaient les louanges du ministre X aujourd’hui en garde à vue, ceux qui nous juraient qu’il était blanc comme neige, écriront demain pour son successeur, en affirmant avec la même conviction qu’il faut « assainir la gouvernance ». Le tournant est rapide. Un protecteur tombe, un autre prend sa place, et les plumes, dociles, changent de camp en un battement d’ailes.

Et lorsque le verdict tombe, que le grand homme est condamné, ces courageux défenseurs disparaissent comme par enchantement. Plus un mot, plus une ligne. On efface, on oublie, on passe à autre chose. Après tout, un nouveau scandale éclatera bientôt, et les plumes serviles n’auront qu’à se trouver un nouveau maître à flatter.

Les plumes qui sauvent aujourd’hui, ce sont celles qui enterrent demain. Elles écrivent l’histoire au gré des enveloppes, mais elles oublient une chose : l’histoire ne retient pas les courtisans. Seulement ceux qui ont osé dire la vérité, même quand elle dérangeait.

Jean P

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