La nuit, en Guinée, n’a plus rien de paisible. À peine le silence s’installe-t-il qu’un coup de feu vient le lacérer. Un cri. Une silhouette s’effondre. Puis plus rien. Juste une mare de sang et une ombre qui s’évanouit dans le noir. Cette fois, c’est Aminata Camara qui en a fait les frais. Inspectrice des douanes, femme de devoir, abattue de deux balles dans la tête après un mystérieux appel nocturne. Un crime froid, calculé, exécuté avec la précision d’un bourreau professionnel.
Et après ? Rien. Comme d’habitude. Une enquête est ouverte, dit-on. Une enquête ? Parlons-en ! Depuis quand ces enquêtes aboutissent-elles ? Depuis quand a-t-on vu un meurtrier sous les verrous, un commanditaire jugé, un réseau démantelé ? On ouvre des enquêtes comme on ouvre des parapluies : juste pour la façade, pour donner le change, pour feindre l’indignation officielle. Puis, à force de silence et d’oubli, on referme tout. Un autre crime viendra chasser le précédent et ainsi de suite, jusqu’à ce que la mort devienne une simple habitude.
Car oui, la mort s’est installée chez nous comme un pensionnaire encombrant dont on n’ose plus discuter la présence. Elle est devenue un fait divers, une brève en fin de journal, un murmure étouffé dans les couloirs de la peur. Il y a quelques années ou du moins quelques mois, c’étaient les opérateurs économiques, qui tombaient sous les balles assisssines des gens sans foi. Aujourd’hui, ce sont des fonctionnaires, des citoyens ordinaires… Qui sera le prochain ? Personne ne sait, mais tout le monde sait que ça continuera.
La raison est simple : l’impunité. On tue et on s’en va, le crime reste sans visage, sans nom, sans coupable. La justice, elle, est aux abonnés absents. Soit elle est incapable, soit elle est complice, soit elle a peur. Qui oserait s’attaquer aux hommes de l’ombre qui orchestrent ces assassinats ? Qui aurait le courage d’appeler un crime par son nom, d’identifier ses auteurs, d’exiger des comptes ? Personne. Alors, on se tait. On s’habitue. On fait semblant.
Mais jusqu’à quand ? Jusqu’à quand allons-nous nous contenter de regarder tomber les nôtres sans réagir ? Jusqu’à quand allons-nous accepter que la Guinée devienne un territoire où la vie humaine ne vaut pas plus qu’un ticket de loterie ? Car aujourd’hui, c’est Aminata Camara, mais demain, ce pourrait être vous, moi, n’importe qui. Un simple appel, une sortie nocturne, et bang ! On vous retrouve au petit matin, étendu sur le bitume, le corps troué de balles.
Aminata Camara mérite justice. Tous ceux qui ont été lâchement assassinés dans ce pays méritent justice. Il faut que cette fois, la lumière soit faite, que les assassins soient pourchassés, que les commanditaires soient démasqués. Il faut qu’on arrête de creuser des tombes pendant que les criminels se promènent en toute liberté.
Le sang a trop coulé. Il est temps d’y mettre un terme.
Laguinee.info