L’assemblée générale hebdomadaire de l’Union des Forces Démocratiques de Guinée (UFDG), tenue ce samedi, a offert une tribune au vice-président du parti, Fodé Oussou Fofana. Dans une intervention où pragmatisme et agacement semblaient se côtoyer, il a plaidé pour une collaboration plus organisée entre les journalistes et la cellule de communication de l’UFDG. À travers cet appel, se dessine une volonté d’instaurer un cadre structuré pour les relations entre le parti et les médias.
Une relation presse-personnalité politique à réinventer
Le vice-président n’a pas caché son malaise face à une pratique fréquente dans le paysage médiatique guinéen : les appels anonymes de journalistes demandant une interview. En toute transparence, il a exposé les obstacles que cela crée pour une communication efficace :
« Quand je reçois un appel d’un numéro inconnu, c’est gênant. Quelqu’un se présente comme journaliste, mais je ne sais même pas avec qui je parle. Cela me met mal à l’aise, et parfois, cela complique les choses. »
Fodé Oussou Fofana a souligné que ce n’est pas une question de refus de parler aux journalistes, mais plutôt un problème d’identification et d’organisation. Selon lui, il est difficile pour une personnalité publique d’interagir avec des interlocuteurs non identifiés, surtout dans un contexte où chaque mot peut avoir des répercussions médiatiques.
La cellule de communication : un filtre ou un outil d’efficacité ?
Face à cette situation, Fodé Oussou Fofana a proposé une solution simple : passer par la cellule de communication de l’UFDG. Pour lui, cette démarche garantirait une meilleure préparation des interviews et des débats.
« Nous avons une cellule de communication dédiée. Si vous voulez organiser une interview ou un débat, informez cette cellule. Cela nous permettra de nous organiser, de préparer les sujets et d’assurer des échanges de qualité. »
Le vice-président a insisté sur la disponibilité des cadres du parti pour répondre aux sollicitations des médias dans ce cadre structuré. Il a même affirmé être prêt à prolonger les débats jusqu’à des heures tardives si besoin :
« Nous sommes prêts, même jusqu’à 23h30. Mais tout doit être organisé en amont. »
Cette centralisation des demandes de la presse pourrait en effet rationaliser les échanges, mais elle risque aussi d’alimenter les critiques. Certains pourraient y voir une volonté de contrôler les discours et de limiter l’accès direct des journalistes aux leaders du parti.
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Un hommage aux journalistes d’hier
Dans une parenthèse nostalgique, Fodé Oussou Fofana a tenu à saluer les efforts des journalistes qui ont couvert les campagnes électorales passées, souvent dans des conditions difficiles. Il a rappelé les sacrifices consentis par les professionnels de la presse pour assurer la couverture médiatique des événements politiques.
> « Pendant les campagnes de 2010 et 2015, les journalistes nous accompagnaient dans la poussière, souvent sans savoir où dormir. Nous leur devons respect et reconnaissance. »
Ces propos, empreints de gratitude, contrastent cependant avec la stricte organisation désormais prônée par le vice-président. Si le respect pour les journalistes est affirmé, il semble désormais conditionné à une collaboration encadrée par des protocoles stricts.
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La presse guinéenne face à de nouveaux défis
Les déclarations de Fodé Oussou Fofana marquent une tentative de réinventer les relations entre la sphère politique et les médias. Si la proposition d’une cellule de communication plus active peut être perçue comme une avancée vers une professionnalisation des échanges, elle pose également des questions sur la liberté d’action des journalistes.
Quels impacts sur le journalisme guinéen ?
1. Une organisation bénéfique ? Certains pourraient voir dans cette démarche une opportunité de clarifier les rôles et d’éviter les malentendus. Une communication mieux préparée permettrait de garantir des interviews plus constructives et des débats de qualité.
2. Un risque de verrouillage ? D’autres, en revanche, y verront une tentative de centraliser et de contrôler le discours, limitant ainsi l’accès direct des journalistes aux figures politiques clés.
Un test pour les journalistes et les partis
La capacité des journalistes à s’adapter à ces nouvelles règles tout en préservant leur indépendance éditoriale sera déterminante. De leur côté, les partis politiques devront démontrer que cette structuration n’est pas un prétexte pour réduire au silence les voix critiques.
En attendant, une chose est claire : avec l’UFDG, l’avenir des relations presse se jouera désormais à travers les rouages bien huilés de sa cellule de communication. Les journalistes guinéens, eux, devront trouver un équilibre entre flexibilité et indépendance pour continuer à jouer leur rôle dans le débat démocratique.
Laguinee.info