Monsieur le Ministre des Sports,
C’est avec un profond respect pour la fonction que vous occupez, et pour le rôle important que vous jouez dans le développement du sport en Guinée, que je me permets de réagir à vos récentes déclarations faites lors de votre visite à N’Zérékoré. Vous avez effectivement affirmé que « dans les villages, vous ne pouvez plus trouver des filles de 18 ans qui sont vierges », rapporte beaucoup de médias nationaux.
Si nous comprenons que vous avez peut-être voulu attirer l’attention sur un phénomène que vous jugez préoccupant, il me semble que vos propos ne relèvent pas de votre compétence et franchissent une limite essentielle : celle du respect de la vie privée et des droits fondamentaux des individus.
Une question de compétence et de respect de la vie intime
En tant que Ministre des Sports, votre responsabilité est de promouvoir le sport, la santé, l’éducation physique et le bien-être des citoyens, notamment des jeunes. Vous êtes chargé de développer des infrastructures sportives, de susciter la pratique du sport et d’encourager un mode de vie sain et actif. Ces missions sont nobles et essentielles à la construction d’une société forte. Cependant, il est important de souligner que la sexualité, les choix personnels et les questions relatives à la virginité sont des sujets privés qui ne relèvent pas de la compétence d’un ministre, fut-il celui des Sports.
Votre rôle, Monsieur le Ministre, n’est pas de juger les choix intimes et personnels des jeunes filles, mais d’orienter les politiques publiques pour leur bien-être général, dans un cadre respectueux de leurs droits. En abordant ce sujet de manière aussi publique et avec une telle généralité, vous semblez non seulement réduire la jeune fille à un critère de virginité, mais aussi insinuer une forme de contrôle sur sa vie intime. Il est crucial de se rappeler que la sexualité, le consentement, et les choix personnels de chacun ne peuvent être ni jugés ni influencés par des discours politiques ou institutionnels.
La stigmatisation et l’atteinte à la dignité
Vos propos ont un potentiel déstabilisant et risquent de créer une stigmatisation à l’égard des jeunes filles des villages. Réduire une personne à la question de sa virginité, c’est oublier que chaque individu a le droit d’exprimer librement sa sexualité sans crainte de jugement social. Cette vision réductrice peut exacerber des comportements discriminatoires, alimenter des préjugés et nuire à l’estime de soi des jeunes filles, surtout celles qui pourraient déjà faire face à des pressions sociales ou familiales.
Il est de notre responsabilité collective d’offrir aux jeunes un environnement sûr et respectueux, dans lequel ils peuvent évoluer sans être jugés ou condamnés en fonction de critères imposés de l’extérieur. En abordant la virginité d’une manière aussi catégorique, vous offrez un cadre de jugement qui fragilise l’image de la femme et limite la liberté individuelle. La dignité des jeunes filles et des jeunes gens doit primer sur toute notion d’appartenance sociale ou de conformité à une norme.
L’éducation sexuelle, un axe prioritaire pour les jeunes
Il ne faut pas ignorer que la question de la sexualité des jeunes est un sujet complexe, qui mérite une approche éducative et préventive sérieuse et réfléchie. Si le phénomène de la sexualité précoce existe, il doit être abordé sous un autre angle : celui de l’éducation à la sexualité, du respect du consentement, de la prévention des grossesses non désirées, et de la lutte contre les violences sexuelles. La priorité doit être donnée à l’implémentation de programmes d’éducation sexuelle complets, adaptés à la réalité des jeunes et visant à leur permettre de faire des choix éclairés.
Plutôt que de faire des déclarations qui risquent de stigmatiser, il serait plus judicieux d’adopter une approche proactive, en soutenant les initiatives éducatives qui offrent aux jeunes les connaissances nécessaires pour comprendre leur corps, leurs droits et leurs responsabilités. L’éducation sexuelle, en particulier dans les zones rurales, doit être au cœur de vos priorités, car elle est la clé pour permettre aux jeunes filles, comme aux jeunes garçons, de grandir dans un environnement respectueux et informé.
L’ingérence dans la vie privée : une question de responsabilité
Je ne peux que vous inviter à une réflexion sur le rôle que vous devez jouer en tant que ministre. Si vous avez, à juste titre, un pouvoir de décision pour encourager des politiques de sport, de santé publique et d’éducation, il est essentiel que vous respectiez les frontières de la vie privée des citoyens. L’intimité d’un individu, en particulier en ce qui concerne sa sexualité et ses choix personnels, est protégée par des droits constitutionnels. L’État ne doit en aucun cas imposer de jugement moral ou social sur des aspects aussi personnels.
En tant que leader, vous avez le devoir d’encourager des valeurs de respect, d’inclusion et de liberté individuelle. Il est de votre responsabilité de faire en sorte que les jeunes, hommes et femmes, se sentent libres de faire leurs propres choix sans craindre la stigmatisation ou le jugement, qu’il provienne de leurs pairs, de leur famille ou de représentants de l’État.
Pour une approche respectueuse et inclusive
En conclusion, je vous appelle à prendre conscience que les questions liées à la sexualité, à la virginité et à la vie intime des jeunes filles doivent être abordées avec beaucoup plus de délicatesse et de respect. Vos propos ne devraient pas faire partie du débat public et ne doivent en aucun cas refléter une politique publique qui soit fondée sur des jugements personnels.
Je vous invite à vous concentrer sur l’essentiel : la promotion d’un environnement propice à la pratique du sport et à la santé, tout en respectant la vie privée de chacun. Il est de notre devoir, à tous, de protéger les droits fondamentaux des jeunes et de promouvoir une société plus juste, plus inclusive, et plus respectueuse des libertés de chacun.
Citoyen épris d’un monde inclusif