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Portrait d’un coiffeur étudiant : le combat d’une jeunesse déterminée

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Dans le tumulte quotidien de Kountia, à quelques kilomètres de Conakry, il y a un petit salon de coiffure où la vie semble s’arrêter un instant. Les conversations fusent, les rires éclatent, les lames des tondeuses vrombissent, dessinant des motifs précis sur les crânes des clients.

Au centre de ce ballet, Yusuf Deen Camara, un jeune homme à la silhouette élancée, travaille avec une concentration presque artistique. Mais derrière ses gestes précis, se cache une histoire de passion, de détermination et d’indépendance.

Une vocation née dans les rues de son enfance

Pour Yusuf, la coiffure n’a jamais été un simple passe-temps. Elle est le fruit d’une fascination née sous l’ombre des manguiers de son quartier d’enfance. Il se souvient encore avec émotion du grand frère du coin, ce coiffeur dont les gestes habiles et la popularité l’avaient hypnotisé.

« Depuis tout petit, je regardais cet aîné du quartier, raconte-t-il, le regard brillant. Il avait un talent fou et une manière de parler aux gens qui m’a donné envie de faire comme lui. Peu à peu, l’envie est devenue un rêve, puis une passion. »

Aujourd’hui, ce rêve vit pleinement dans son petit salon, un lieu modeste mais vibrant, où chaque client est accueilli avec une chaleur qui dépasse la simple prestation de service.

 

Un métier, une clé pour l’indépendance

Yusuf n’est pas seulement coiffeur, il est aussi étudiant en sciences juridiques et politiques à l’Université Général Lansana Conté de Sonfonia. Entre ses cours et son métier, ses journées sont longues, mais il ne se plaint jamais.

« La coiffure m’aide à subvenir à mes besoins, explique-t-il en essuyant une tondeuse. Grâce à cela, je peux m’acheter des vêtements, des chaussures, payer mes frais de transport pour aller à l’université. C’est une véritable bouffée d’air. »

Dans ses paroles, on sent la fierté de ne pas être un poids pour sa famille. Il sourit en évoquant les moments où son père, sceptique au départ, a fini par reconnaître son sérieux.

« Mon papa pensait que je laisserais tomber les études, dit-il en riant doucement. Mais quand il a vu que je respectais mes engagements, il a changé d’avis. Aujourd’hui, il est fier de moi. »

Un espace de vie et de partage

Le salon de Yusuf n’est pas qu’un lieu où l’on se fait couper les cheveux. C’est un véritable carrefour social, où jeunes et moins jeunes viennent échanger, discuter et parfois même débattre.

« Ce salon, c’est plus qu’un travail pour moi. C’est un lieu de rencontre. Grâce à ce métier, j’ai rencontré des gens formidables que je n’aurais jamais connus autrement. Ici, les liens se créent, les amitiés naissent », confie-t-il avec un sourire lumineux.

Entre deux clients, des blagues fusent. Les anecdotes de quartier se mélangent aux discussions sérieuses sur l’avenir, le tout dans une ambiance bon enfant qui reflète la personnalité de Yusuf.

Un appel à la jeunesse guinéenne

Yusuf ne se contente pas de vivre sa passion. Il veut inspirer. Ses mots résonnent comme un manifeste lorsqu’il s’adresse aux jeunes de son âge :

« Il faut travailler, quel que soit le métier. Même si vous gagnez 10 000 GNF par jour, ce n’est pas du vol, c’est le fruit de votre travail. La fierté et l’indépendance qui viennent avec cela n’ont pas de prix. »

Pour lui, aucun métier n’est insignifiant. Dans un sourire, il cite un proverbe philosophique qui guide sa vie : « Si jeunesse savait, vieillesse pouvait. »

Un exemple à suivre

Au-delà des mots, l’histoire de Yusuf est une leçon de courage et de pragmatisme. Dans un contexte où beaucoup se limitent à attendre des opportunités idéales, il prouve qu’avec un peu de passion et beaucoup de détermination, il est possible de se construire un avenir.

Alors que le soleil se couche sur Kountia, illuminant les ruelles poussiéreuses d’une lumière dorée, Yusuf termine sa journée. Un dernier client, un dernier sourire, et il referme les portes de son salon. Demain, une nouvelle journée l’attend, partagée entre les amphithéâtres de l’université et le fauteuil de coiffeur.

 

IAC, pour Laguinee.info 

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