En Guinée, sous cette transition, on assiste à un spectacle hilarant : la compétition nationale de lèche-bottes par écrit. Ministres, directeurs, préfets, chefs de quartier… tous armés de leur clavier, se battent pour décrocher le titre de « Meilleur Flatteur de l’année. » Et franchement, c’est à mourir de rire.
Le principe est simple : chaque responsable fraîchement nommé se sent obligé de publier des pavés interminables pour nous rappeler à quel point il est indispensable, historique, visionnaire… Bref, une bénédiction divine. Une tribune par-ci, un post Facebook par-là, et c’est parti pour la grande récitation :
Acte 1 : La fausse modestie. « Je suis humblement honoré d’avoir été choisi pour cette lourde mission. » Oui, on a compris, tu veux juste qu’on sache que tu as été choisi. Bravo, champion !
Acte 2 : L’exagération ridicule. « Depuis ma prise de fonction, nous avons transformé l’administration. » Ah bon ? Avec quoi, un PowerPoint et trois réunions Zoom ?
Acte 3 : La louange suprême. « Tout cela n’aurait pas été possible sans le leadership éclairé du chef de l’État. » Traduction : « Chef, regarde-moi, je t’aime plus que les autres. »
Mais le plus drôle, c’est que chacun essaie de surpasser l’autre. Un ministre poste un texte de 500 mots ? Pas de problème, le directeur général répond avec 800 mots. Un préfet publie une photo en tenue d’inspection ? Hop, le chef de service ajoute une vidéo de lui en train de « superviser un projet » (comprendre : poser à côté d’une brouette vide).
Et que dire du contenu ? C’est un défilé d’absurdités :
« Nous avons apporté l’électricité à des zones reculées. » Pendant ce temps, même la capitale est plongée dans le noir.
« Nous avons renforcé la sécurité. » Ah oui ? Parce qu’on vient de braquer Mamadou hier, en plein centre-ville.
« Les infrastructures se modernisent. » Traduction : ils ont repeint la porte du bureau.
Le pire, c’est leur obsession de remercier « le leadership visionnaire. » C’est à croire qu’ils ont un modèle standard de texte : « Remerciez le chef, inventez deux réalisations, insérez un selfie souriant. » D’ailleurs, on soupçonne que ces publications soient écrites par un seul gars, caché dans un bureau, payé à l’article.
Et la palme d’or revient à ces directeurs qui s’auto-célèbrent pour avoir « réorganisé leur structure ». En gros, ils ont déplacé deux tables et une armoire, et voilà, ils sont les Steve Jobs de l’administration publique.
Mais soyons honnêtes, qui lit réellement ces textes ? Certainement pas le peuple. Pendant que vous rédigez vos romans d’autofiction, Mamadou est occupé à chercher comment remplir sa marmite, et Fatou se demande pourquoi l’eau n’est toujours pas revenue.
Alors, un petit message pour nos écrivains en cravate : si vos bilans étaient aussi impressionnants que vos posts, on n’aurait pas besoin de nous les expliquer. Le peuple verrait les résultats tout seul. Mais pour l’instant, vos publications sont comme le Wi-Fi en Guinée : inutiles et souvent hors-service.
En attendant, continuez. Vous nous faites rire, et dans cette République des flatteurs, c’est déjà pas mal.
Laguinee.info





