mercredi, avril 2, 2025
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Bourses d’excellence : 15 jeunes guinéens privés de leurs droits depuis leur retour(témoignage)

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Ils sont 15. Quinze jeunes Guinéens qui, en février 2022, ont quitté leur terre natale, remplis d’espoir et d’ambitions. Sélectionnés pour bénéficier d’une bourse d’excellence, ils étaient censés revenir en héros, armés de compétences pour bâtir la nation. Aujourd’hui, après des mois de silence administratif et d’indifférence totale, ils sont revenus au bercail avec un goût amer d’abandon.  

Un système qui oublie ses enfants

« Oui, j’ai été boursier d’excellence de l’État guinéen en Tunisie pour la rentrée du mois de février 2022. J’ai fini ma formation depuis le mois de juin. J’ai soutenu et maintenant je suis revenu », explique un des boursiers sous anonymat, avec une voix teintée de fatigue. Mais depuis son retour, rien ne va.

Les étudiants n’ont perçu aucune bourse depuis janvier, et leurs primes de vacances, censées leur permettre de démarrer une nouvelle vie ou de s’intégrer professionnellement, restent également impayées. « Nos bourses de janvier jusqu’en juin, plus la prime des vacances, n’ont pas été payées. En fait, au SNABE là-bas, il y a eu une anomalie. Ils ont dit que normalement, on devrait venir en septembre 2021 en Tunisie pour les études. Mais nous sommes partis qu’en février 2022. Que c’est la raison pour laquelle nos noms ont été absents dans la liste de ceux qui devraient percevoir des bourses. »  

Comment une telle situation est-elle possible ? Ces étudiants se heurtent à une administration aussi opaque qu’inefficace.

Une injustice révoltante

Alors que d’autres boursiers, partis au Maroc à la même période, ont reçu leur dû, ceux de Tunisie sont laissés pour compte. « Nos amis du Maroc, nous sommes en contact avec eux. Nous avons bougé durant le même mois de février. Toute notre promotion, nous sommes 15, nous les boursiers d’excellence de l’enseignement technique, aucun parmi nous n’a aperçu sa bourse. Nous avons tous été omis. »  

Et pourtant, les démarches n’ont pas manqué. Dès qu’ils ont appris leur omission sur les listes, ces jeunes ont multiplié les tentatives pour régulariser leur situation. « Lorsque nous avons été informés de l’omission de nos noms sur la liste, nous avons cherché à contacter le chargé financier. Il nous a dit de faire une liste de ceux qui ont été omis, de la transmettre. Nous avons fait la liste, nous l’avons transmise. Après, on avait déjà nos amis qui étaient déjà rentrés en Guinée. Eux aussi, ils ont été au SNAB pour signaler le problème. Le SNABE leur a dit d’envoyer une liste, la liste des 15 boursiers omis. En plus de ça, d’écrire tous nos renseignements dessus et d’envoyer les preuves qui justifient que nous avons commencé notre formation en février 2022, pas en 2021. Nous avons apporté l’attestation de bourse, l’attestation d’inscription, l’attestation de présence. Nous avons nos informations sur nos diplômes, c’est écrit, la durée de la formation est écrite. Nous avons tout envoyé comme preuve, mais aucune suite», ajoute-t-il

Des dossiers « perdus », des espoirs envolés

Malgré ces efforts, l’injustice persiste. Pire, les dossiers transmis par les étudiants se sont mystérieusement volatilisés. « On nous rappelle que les dossiers ont été perdus. Vous voyez, que les dossiers ont été perdus, qu’il fallait redéposer encore les dossiers. Il a fallu qu’on retourne là-bas pour aller déposer pour une deuxième fois encore. »  

Et pendant ce temps, ces jeunes continuent de payer le prix de cette négligence administrative. Entre bourses non versées et billets d’avion payés de leur poche sans remboursement, leur situation frôle l’absurde. « Pour le billet retour, ils nous ont dit que l’État guinéen ne paye pas le billet retour pour les boursiers. Que c’est aux étudiants de payer, une fois sur place, de faire une lettre de remboursement des billets avec le cachet de départ et d’entrée et aussi le reçu des billets. Nous avons déjà déposé ça. Mais rien. »  

Un avenir brisé

Aujourd’hui, ces jeunes n’attendent plus que des réponses. Ils espèrent encore, malgré tout, que leur situation sera réglée. « Bon, la façon dont moi je vois les choses quand même, je trouve que c’est un peu bizarre parce que comment est-ce qu’un dossier qui n’est pas petit, un grand dossier de 15 personnes, parce que ces deux dossiers, sont au total de 30 copies. Comment est-ce que cela peut se perdre dans un bureau, dans une administration encore ? Il y a certainement quelqu’un qui ne veut pas que le dossier soit traité. C’est ça que je me dis. Et la personne est toujours présente là-bas. J’espère encore et encore. Nous allons pousser l’affaire. »  

Mais les séquelles sont là. Ce retour qu’ils avaient rêvé comme un nouveau départ n’est devenu qu’une source de regrets. « Non, je ne crois pas, je ne crois pas si cela pourrait donner du courage à d’autres de rentrer. Parce que, déjà à partir de là-bas, il y a plein d’amis et de connaissances qui vont t’appeler d’abord pour te dire de ne pas rentrer. Le pays est cher et puis c’est dur encore. Tu rentres et tu trouves les mêmes réalités, c’est décourageant. »  

Un appel désespéré au président

Face à cette réalité accablante, ces étudiants n’ont qu’un dernier espoir : le président de la transition. « Le message que j’ai à lancer au président de la République, c’est de nous venir en aide pour que nos droits soient rétablis. Lui-même a été témoin de notre départ. À la veille de notre départ, on l’avait visité avec le ministre de l’enseignement technique de l’époque, M. Bacar. Nous avions été là-bas, on était au nombre de 85 personnes, 15 boursiers pour la Tunisie et 70 pour le Maroc. Je crois bien. Il nous a beaucoup conseillé, il nous a dit après la formation de revenir, de ne pas tenter une aventure sans espoir, que de revenir. Mais, avec cette situation, c’est décevant. »  

Ils étaient 15. Quinze jeunes porteurs d’espoir. Aujourd’hui, ils sont 15 symboles d’un système qui étouffe ses propres ambitions.

Ibrahima Alhassane Camara, pour Laguinee.info 

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