Vendredi 6 décembre 2024, dans les rues de N’Djamena, le soleil tchadien était brûlant, mais pas autant que les slogans des manifestants. « Le Tchad pour nous, la France dehors ! » scandaient des centaines de citoyens, prêts à réchauffer les oreilles de leur ancien colonisateur. Entre les banderoles demandant un « Tchad libre » et les pancartes improvisées, l’ambiance était claire : Paris n’est plus le bienvenu.
Après avoir mis fin à un accord militaire avec la France, le gouvernement tchadien semble vouloir redéfinir ses priorités. Et quoi de mieux qu’une petite révolution populaire pour rappeler à l’Hexagone que sa présence militaire – quelque 1 000 soldats encore sur place – est désormais un sujet sensible. Si certains manifestants ont pris d’assaut la base aérienne française, d’autres ont opté pour une démonstration plus diplomatique devant l’ambassade, protégée par des forces de l’ordre tchadiennes visiblement moins agitées.
Une décolonisation tardive ou un repositionnement géopolitique ?
L’ironie n’échappe à personne : la France, championne autoproclamée de la démocratie et des droits de l’homme, semble de plus en plus indésirable dans son ancien « pré carré ». Niger, Mali, Burkina Faso, et maintenant Tchad. La série noire continue, alors même que ces États tournent leur regard vers Moscou. Wagner dans le Sahel ? Un partenariat inédit qui offre une alternative stratégique, quitte à troquer une mainmise pour une autre.
Mais l’histoire au Tchad a un goût différent. Mahamat Deby Itno, successeur de son père « l’indétrônable Idriss », joue ici une partition délicate. Prolonger une transition déjà jugée douteuse par la population tout en se débarrassant de l’allié militaire français : il faut du talent pour jongler entre mécontentement local et tension internationale.
« Bye-bye la France ? »
Dr Hissein Massar, ancien ministre de la Santé publique, n’a pas mâché ses mots : « Cette protestation cessera lorsque les Français quitteront le Tchad. », rapporte africanews.com. Une déclaration qui pourrait sonner comme un écho du passé colonial si elle n’était pas aussi directe. Ce départ annoncé met en lumière la fragilité des liens franco-africains, pourtant qualifiés d’historiques dans le communiqué gouvernemental.
Reste à voir si Paris, habitué à ces expulsions diplomatiques et militaires récentes, sortira par la grande porte ou s’accrochera à un dernier espoir de réconciliation. Une chose est sûre, entre les slogans virulents et les priorités « nationales », le Tchad semble prêt à danser au rythme de son propre tambour. Après tout, quand on décide de quitter la scène coloniale, autant que ce soit sous les applaudissements – ou les huées – de son propre peuple.
Laguinee.info
Image: DW